vie de règles #18 — comment le sport a stoppé mes règles !

Anouk Perry
article publié le 15/08/2021

La moitié de l’humanité a ses règles… Mais parfois, elles peuvent s’arrêter pendant quelques mois ou années. Lucy raconte comment le sport de haut niveau a eu un impact sur ses menstruations.

le CV des menstruations de Lucy

Âge

17 ans

Âge de ses premières règles

13 ans

Durée des cycles

Longs et relativement irréguliers (entre 35 et 40 jours)

Durée de ses règles

6–7 jours

Slogan pour désigner ses règles

Déjà de retour ?

des premières règles sous le signe du féminisme  

J’ai eu mes premières règles à 13 ans, et comme j’étais la dernière de mon groupe d’amies à les avoir, je n’étais pas vraiment surprise ou choquée.

J’étais déjà très féministe à cet âge, donc hors de question pour moi d’en faire un tabou, y compris avec mon frère et mon père. Je leur parlais sans filtre des douleurs, des flux et des caillots que je pouvais avoir.

Ça a été une bonne stratégie : mon frère a tout de suite été à l’aise et m’a posé des questions pour comprendre les règles. Pour mon père, ça a été un peu plus compliqué de comprendre qu’il est inutile de baisser le ton quand on en parle et qu’il peut les nommer directement !

Cela me semblait très important de les assumer, d’autant plus que ma mère n’avait plus ses règles. J’étais donc la seule personne de la famille à les avoir… Et donc à pouvoir les sensibiliser au quotidien !

l’aviron, le sport qui a tout fait basculer  

En septembre 2017, 2 mois après avoir eu mes règles, j’ai commencé l’aviron. J’étais déjà sportive, je faisais de l’escalade et de la course à pieds… Mais c’était sans commune mesure avec ce qu’est devenu ma pratique de l’aviron ensuite. 

La première saison, je ne faisais “que” 3 entraînements par semaine, donc ça allait. Mais à la rentrée 2018, une nouvelle coach est arrivée, avec de nouveaux objectifs et des entraînements plus intensifs. Ça a tout bousculé. 

J’ai décidé d’arrêter la musique et le théâtre pour me focaliser sur l’aviron. J’avais 5 séances par semaine donc, en tout, ça me prenait près de 14 heures et, en plus de ça, je partais tous les mois faire des compétitions ce qui impliquait des séjours de plusieurs jours. 

Si je parle de tout ça, c’est parce que petit à petit, sous l’influence de ce sport intensif, mes règles ont commencé à s’espacer. Au début, j’ai commencé à ne les avoir que tous les 60 jours, avant de ne plus les avoir du tout pendant près de deux ans. J’avais un peu de spotting tous les 6 mois, mais c’est tout !

L’aménorrhée secondaire, c’est quoi ?

Comme expliqué dans cet article, on considère qu’une personne est touchée par l’aménorrhée secondaire quand elle n’a pas eu de menstruations depuis l’équivalent de la durée de 3 cycles menstruels, ou d’au moins 6 mois. Les raisons peuvent être très variables : stress, TCA, traitements, SOPK, ou autre… Dans le cas d’une absence de règles pour cause de pratique intensive d’un sport, on parle d’aménorrhée hypothalamique.

ne plus avoir mes règles ne m’a pas inquiété !

Je sais que d’autres auraient pu s’inquiéter de ne plus avoir leurs règles, mais moi, ça m’arrangeait plutôt bien de ne plus avoir à penser à avoir des protections périodiques sur moi, ou à ne plus penser aux règles tout court d’ailleurs… 

Et puis j’en ai tout de suite parlé à ma mère qui n’y a rien vu d’inquiétant non plus. Pareil pour ma coach, qui m’a expliqué que c’était courant chez les sportives et que mes règles reviendraient quand mon corps « s’habituera ». Tout ça me semblait tellement normal que je n’ai jamais pris le temps d’en parler à un·e médecin. 

Au bout de deux ans, en octobre 2020, mes règles sont effectivement revenues ! Pourtant, je continuais à m’entraîner intensivement, entre 7 et 8 fois par semaine… 

le retour de mes règles après deux ans d’aménorrhée 

Depuis le retour des mes menstruations, je les ai eu trois fois pendant une compétition. À chaque fois, c’est plutôt une mauvaise surprise… 

J’ai de la chance de ne pas avoir de règles douloureuses, et je suis maintenant habituée à les avoir en pratiquant du sport. J’utilise une cup et des tampons et ça ne change rien à mes capacités… Ceci dit, même si elles ne sont pas handicapantes, elles restent un moment que je n’attends pas, n’apprécie pas, et que j’aimerais ne plus vivre. 

Je trouve ça fou que dans les milieux sportifs, on commence à peine à prendre en compte les règles et le cycle dans la planification de l’entraînement par exemple, alors que ça constitue un facteur important de notre performance

Par exemple, on dit dans le milieu que “les règles entraînent une baisse de 2% de la performance”, ce qui est déjà un impact en soi. Pour certaines de mes coéquipières, c’était pire : il leur était impossible de s’entraîner pendant deux ou trois jours par mois à cause des douleurs de leurs règles. Or, deux ou trois jours par mois, c’est considérable dans un programme d’entraînement.

je serais mieux sans mes règles, mais je n’ai pas de solution 

Je ne m’identifie pas à l’idée que les règles seraient un rite de passage de la fille à la femme. J’apprends à faire avec car il n’y a pas vraiment de solutions qui me conviennent et j’espère juste que je n’aurai jamais de règles douloureuses. À terme, je me pose aussi la question de l’hystérectomie, car je ne veux pas avoir d’enfants…

Ceci dit, le sujet de la contraception est délicat. Je suis sexuellement active depuis peu, donc je me pose la question. Néanmoins, il est hors de question pour moi de prendre des hormones, même si prendre la pilule en continu me permettrait de ne plus les avoir. 

Pour moi, prendre des hormones, c’est aussi me passer du pic d’œstrogène au moment de l’ovulation qui est associé à un pic de performance… C’est dérégler mon corps, ce qui m’effraie quand même. 

Je n’ai donc actuellement aucune contraception qui influe sur mes règles.

Je trouve ça quand même fou qu’on n’ait toujours pas trouvé un moyen de supprimer ou mettre en pause les règles, sans tous les effets secondaires de la pilule par exemple… Mon côté militant ne peut s’empêcher de penser qu’étant donné que c’est « qu’une affaire de femmes », ce n’est pas si étonnant…

Anouk Perry
Anouk Perry
Rédactrice
À la fois journaliste web et réalisatrice de podcasts, Anouk Perry cumule les casquettes toujours dans un même but : démystifier l'intime ! Sa devise ? Il n'y a pas de question stupide. Sujets de prédilection : intimité et sexualité.