Discussion autour du cycle menstruel : Dans Ma Culotte rencontre Élise Thiébaut

21.03.2017    Catégories : Dans Ma Culotte rencontre ... , Les règles et la santé

Autobiographique, scientifique, sociologique, historique et féministe, vous nous demanderez : "mais que puis-je apprendre de plus dans ce livre que ce que je vis tous les mois?" Les menstruations ne cesseront jamais de faire couler de l'encre à défaut de faire couler le sang. Arrêt sur les mots de ceci est mon sang et pensées d'Elise Thiébaut.

Ceci est mon sang, d'Élise Thiébaut

HISTOIRE DES MENSTRUES

Est ce que les règles sont ce que nous imaginions lorsque nous étions petites? Au delà de la réalité physique que les femmes vivent tous les mois, les menstruations portent en elles une très longue histoire, des gênes et des gènes que les femmes ont gardé en elles, dans cette matière biologique que l'on appelle le sang menstruel.

Les règles sont uniques. Elles ne durent jamais 5 jours et un cycle ne dure jamais exactement 28 jours. Mais c'est rarement ce que l'on apprend en cours de science naturelle au collège. Ou bien, nous ne nous rappelons pas ces détails car nous n'étions peut-être pas menstruées. Difficile de comprendre quand on ne l'a pas vécu. Les règles ont toujours occupé un statut singulier dans l'imaginaire. Elise, maintenant ménopausée, nous livre dans son livre Ceci est mon sang, l'histoire "banale" sa vie de femme menstruée. De ses premières règles, aux secondes règles, à l'endométriose, aux douleurs menstruelles, aux opérations chirurgicales, à la ménopause... Mais soyez rassurées, tout n'est pas souffrance et drame, car Élise fait aussi rire et aime jouer avec les mots ! 

D'où vient votre fascination pour le sang menstruel ? Est-ce un tour de passe passe pour en fait parler des femmes ?

Je ne suis pas fascinée par le sang menstruel, mais par le silence qui l'entoure alors que cela fait intimement partie de la vie des femmes de la puberté à la ménopause, plusieurs jours par mois. Et que le sang menstruel soit associé à du dégoût, de la honte me laissait perplexe. Plutôt qu'un tour de passe passe, c'est la volonté de réparer une injustice faite aux femmes qui m'a guidée, en revenant sur l'expérience qui était la mienne durant quarante ans. Ne pas aimer son sexe ou ce qui en sort n'aide pas à prendre soin de soi et de sa santé. Et cela peut nuire à l'estime de soi, à la puissance d'agir.

Quel chapitre avez-vous préféré écrire ? Et dans vos recherches, quelle découverte vous a le plus surprise ?

Ce que j'ai préféré, c'est l'exploration du tabou dans sa dimension anthropologique. Le sang menstruel n'a pas toujours été l'objet d'un dégoût, il semble même qu'il ait été vénéré ou divinisé parce qu'il était un signe de fertilité. Et certains anthropologues vont jusqu'à dire que les menstruations ont été à l'origine de pratiques rituelles, artistiques, et même de l'invention des mathématiques, puisque les femmes notaient et calculaient leurs cycles suivant la lune sur des tablettes que l'on a retrouvé. Mais la découverte qui m'a le plus surprise est que le sang menstruel contienne des cellules souches. De nombreuses perspectives thérapeutiques sont aujourd'hui liées à ces recherches, qui remontent à moins de dix ans. Donc patience, on en saura plus dans quelques années.

Au détour de vos recherches, quelle période de l'histoire vous semble la plus positive pour les femmes réglées ? #periodpositiv

Il y a eu apparemment une période où les femmes, leurs vulves et leurs règles ont été divinisées, à la préhistoire, et les déesses lunaire comme Artémis (la Diane chasseresse des Romains), en témoignent pendant l'antiquité. Avec l'apparition des monothéismes patriarcaux, il y a eu un renversement symbolique, et les menstrues ont été stigmatisées dans la plupart des textes et des rites, comme signe d'impureté. C'était d'ailleurs une stratégie gagnante d'éviter les relations sexuelles durant cette période, car l'ovulation comme on le sait aujourd'hui ne survient généralement que 12 à 17 jours après le premier jour des règles. S'il n'y avait pas eu cet interdit visant à empêcher les relations sexuelles durant les règles, on ne serait peut-être pas là pour en parler !

Élise Thiébaut, auteure du livre, crédit photo ©Francesco Gattoni

LA REVOLUTION MENSTRUELLE EST EN MARCHE

N'avez-vous pas remarqué que depuis quelques années les règles font chauffer nos matières grises : manifestations pour la baisse de la TVA, pétition pour connaître la composition des tampons, chocs toxiques, censure de l'image du sang menstruel, conception de produits d'hygiènes numériques ou traditionnellement modernes ... Les femmes et les hommes (oui car certains hommes aussi mettent leur pierre à l'édifice comme Martin Winckler pour parler de gynécologie ou bien Arunachalam Muruganantham qui a changé la vie de centaines de milliers de femmes en Inde en créant une machine pour fabriquer des serviettes hygiéniques) s'unissent afin d'ouvrir la conversation sur un sujet aussi tabou que peuvent être les règles. Surtout depuis le 20ème siècle, le développement des nouveaux médias (télévision, journaux, téléphones portables, internet) ont accéléré la course folle pour montrer ce que sont les menstruations. Elise constate que les tabous des règles influent sur notre rapport au corps.

L'artiste Rudi Kpaur avait été censurée d'Instagram en postant cette photo

Pensez-vous que la coupe menstruelle et des produits comme les serviettes hygiéniques lavables peuvent aider les femmes à être plus à l'aise avec leur corps ?

Le fait de pouvoir accéder à des alternatives pas chères, écologiques et sans produits allergisants ou irritants est un facteur de bien-être évident, même si cela va à rebours des publicités qui vantent la nécessité d'être "fraîches", "sans taches", grâce à l'absorption d'un sang bleu qui n'existe que dans l'imagination des publicitaires. J'ai un scoop : le sang menstruel est rouge ! Il n'est pas sale ! Et ce n'est pas grave si on se tache. Par contre c'est grave si on ne se préoccupe pas de ce que contiennent les tampons et serviettes conventionnelles, parce qu'on y a retrouvé des résidus potentiellement toxiques et des perturbateurs endocriniens, et que leurs capacités d'absorption parfois excessives affectent l'équilibre de la flore vaginale, notre meilleur rempart contre les infections, notamment le Syndrome du choc toxique, heureusement très rare, qui peut être mortel ou laisser des séquelles importantes.

Vous êtes féministe, comment imaginez-vous intégrer les hommes dans la discussion ?

Simplement en leur disant que ce n'est pas "un truc de femmes", mais une question qui est au coeur de notre humanité. Comprendre ce qui se passe chez leur soeur, leur maman, leur amoureuse, amie ou collègue plusieurs jours par mois les soulage. Eux aussi, ils vivent ce tabou, personne ne leur explique rien, et quand ils y sont confrontés, ils sont intimidés, mal à l'aise. J'ai cherché dans mon livre à partager cette "épopée périodique" avec eux, en mettant l'accent sur la dimension anthropologique, avec humour et sans en faire non plus un cheval de bataille contre l'autre sexe, au contraire.  

Savez-vous que des hommes ont aussi leurs règles ? Avez-vous pensé en parler dans votre livre ?

Des hommes à certaines périodes ou dans certaines sociétés ont cherché à imiter les menstruations en faisant couler du sang de leur pénis ou de leur scrotum – y compris parfois de façon régulière – pour célébrer leur fertilité ou affermir leur coeur en vue d'une épreuve. Le rite de la circoncision en est d'ailleurs la trace. On prétendait même parfois jadis que les saignements de nez ou les hémorroïdes étaient "des menstruations masculines". Les chevaliers, dit-on, avaient coutume de tremper leur épée dans du sang menstruel avant de partir au combat. C'est dire comme on conférait du pouvoir à ce fluide !

MENSTRUATION interGENERATIONNELLE

Une femme et un homme donnent naissance à une fille, qui elle même donnera peut-être un jour naissance à une fille. Les règles sont intergénérationnelles. Ceci est mon sang est aussi la vision d'une mère qui voit sa fille grandir et devenir elle-même une femme ... menstruée. Une question a été posée à Elise au sujet de la relation avec sa fille, le 11 mars dernier à la maison des femmes de Montreuil. De nombreux parents se trouvent interloqués lorsque leurs enfants leur posent la fameuse question : "maman c'est quoi les règles ? que va-t-il m'arriver ?" et cherchent à trouver les mots/techniques les plus rassurants pour que leurs enfants passent ce cap sans se sentir apeuré. Elise a voulu garder le silence sur sa relation avec sa fille car l'intimité fait partie intégrante de la vie de chaque femme libre. On parle si on le souhaite, on peut aussi garder le silence.

Dans un contexte familial, les mères ont souvent pensé qu'il était normal de souffrir. Pourtant il ne faut pas banaliser ces problèmes de douleur : c'était votre objectif en parlant ouvertement de votre expérience avec l'endométriose ?

Les crampes menstruelles, c'est un peu le cadeau gadget dans le pack "tu accoucheras dans la douleur" de la Bible. Or la douleur n'est pas naturelle. Cela peut être un signe d'endométriose, une maladie qui concerne 10 % des femmes, et qui est aujourd'hui la première cause d'infertilité féminine. En raison du tabou qui entoure les règles, le retard de diagnostic est aujourd'hui encore de 9 ans ! Or cette maladie chronique ne peut être soignée définitivement et durera généralement jusqu'à la ménopause. Mais plus elle est diagnostiquée tôt, plus on pourra empêcher sa progression, traiter la douleur et éviter des interventions parfois lourdes. Et même avoir un bébé si on le souhaite, ce qui arrive après traitement à 70 % des femmes qui sont infertiles en raison de l'endométriose.


70% des femmes qui sont atteintes d'endométriose parviennent à avoir des enfants

Quel message aimeriez-vous faire passer à nos clientes ?

En fait, c'est la première fois dans l'histoire de l'humanité que les femmes ont aussi souvent leurs règles : environ 400 à 500 fois dans une vie. Avant, les premières règles survenaient plus tard et comme la vie durait moins longtemps, on en avait deux à trois fois moins, compte tenu du fait que la grande majorité des femmes avaient des enfants et qu'elles allaitaient de façon continue durant toute leur vie fertile. Aujourd'hui, l'accès à la contraception nous permet de maîtriser notre fécondité, nous sommes plus libres de nos choix et plus libres avec notre corps, mais nous ne sommes pas vraiment informées sur notre cycle menstruel, les règles, notre corps tout simplement. Mon message essentiel serait d'inviter chaque femme à regarder ses règles avec plus de bienveillance, à être plus attentive à ses sensation, pour pouvoir faire des choix éclairés sur ces questions qui nous concernent intimement.

Merci Élise d'avoir pris le temps de répondre à nos quelques questions. C'est presque dommage que le livre n'ait pas eu une baisse de la TVA à 5.5% comme les protections hygiéniques !

Mais le livre a une TVA à 5,5 % et depuis bien plus longtemps que les protections périodiques !



Alors comme ce livre a une TVA à 5.5%, pourquoi s'en priver ? Retrouvez-le sur le site des Editions La Découverte.  Pour se le procurer, on peut renvoyer sur le site de Place des Libraires, qui permet de voir quelle librairie l'a dans sa région et aussi de le réserver.



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