doit-on avoir peur du syndrome du choc toxique ?

Mélanie Vallée
dernière mise à jour le 26/03/2020
article vérifié par Marion Condominas

Le staphylococcus aureus, plus connu sous le nom de staphylocoque doré, est une bactérie qui existe chez 30% à 50% de la population (femmes, hommes, enfants).

Qu'est-ce que le syndrome du choc toxique ?

Dans la majorité des cas, il est inoffensif et se loge le plus souvent près des muqueuses nasales, périnéales, anales et sur la peau. Selon l'interview du Dr Lina, responsable du Centre National de Référence (CNR) des staphylocoques des Hospices civils de Lyon (HCL), pour Pourquoi docteur ?, les staphylocoques dorés représentent environ 4 % de la flore vaginale à l'état naturel. Un quart d’entre eux produisent la toxine à l’origine du choc toxique. Cependant, peu de femmes en seront victimes (0.06 cas pour 100 000 femmes). C'est-à-dire qu'une femme a 100 fois plus de risque de mourir d'un accident de voiture que de développer un syndrome du choc toxique. En effet, d'après l'Institut Médical américain Darthmouth-Hitchcock, 85 % de femmes produisent naturellement des anticorps qui leur permettent de se défendre contre cette toxine.

Le terme syndrome du choc toxique a été utilisé pour la première fois par une équipe de chercheurs américains en 1978. Il désignait alors une maladie qui engendrait une grosse fièvre chez les jeunes de 8 à 17 ans. Quelques années plus tard, les chercheurs montrent que ce symptôme est le plus souvent présent chez les jeunes filles qui portent un tampon pendant une longue période (plus de 8 heures consécutives). À cette époque, la marque Rely commercialisait des tampons hygiéniques super absorbants notamment composés de polyacrylate (matériau de synthèse super absorbant) et de carboxymethylcellulose (un gel d'origine synthétique). 13,7 cas de syndrome du choc toxique pour 100 000 femmes ont été détectés. Grâce au retrait du marché des tampons utilisant ces matériaux et de l'information apportée aux femmes, le nombre de cas a diminué drastiquement mais n’a pas disparu selon ce rapport de l'ANSES.

Lorsque l'on utilise une protection périodique intra-vaginale pendant ses règles : tampon, coupe menstruelle, éponge menstruelle, diaphragme, etc, le flux menstruel est retenu. Au contact de certains matériaux contenus dans ces protections hygiéniques (exemples : polyester, carboxymethylcellulose, polyacrylate, latex, rayonne), un quart des staphylocoques présents dans le vagin peuvent y trouver un milieu favorable et secréter une toxine appelée TSST-1. Ce phénomène est favorisé pendant les règles par l'augmentation du pH du vagin, qui passe de 4,2 à 7, ainsi que par une présence plus importante d'oxygène et de dioxyde de carbone . De plus, la toxine a plus de facilité à passer dans le sang en présence de lésions et à créer un choc septique.

En 1994, le professeur du département de Microbiologie et d'Immunologie du centre médical Langone de New York, Philip Tierno, étudiait déjà la composition des protections hygiéniques intra-vaginales et publiait un article de recherche à ce sujet. Il mettait en évidence le fait que la présence de fibres synthétiques (notamment la rayonne) dans les tampons, offrait un milieu favorable à la production de la toxine TSST-1. Concernant la coupe menstruelle, les cas sont plus rares mais 2 ont tout de même été recensés dans le monde.

Les règles sont-elles la cause du choc toxique ?

Non, même si la période des règles créé un environnement favorable au développement de la bactérie. Le staphylocoque doré est également à l'origine des maladies nosocomiales, pouvant toucher les hommes comme les femmes. De plus, il peut survenir suite à une blessure avec une plaie ouverte.

Pourquoi reparle-t-on du syndrome du choc toxique aujourd'hui ?

Actuellement, le Docteur Lina s'inquiète de l'augmentation du nombre de chocs toxiques chez les jeunes filles, qui est 4 fois plus important qu'en 2004. Il a émis quelques hypothèses concernant cette recrudescence :

  • les matières synthétiques que l'on retrouve dans certains tampons pourraient favoriser la survenance du choc toxique. À ce sujet, Melanie Dorflinger a lancé une pétition déjà signée par plus de 258 000 personnes. Cette pétition a pour but de connaître la composition des tampons. À l'heure actuelle, les fabricants de tampons hygiéniques ne la donnent pas alors que des doutes persistent sur le lien entre la composition de ces protections périodiques et le syndrome du choc toxique. Malgré le fait que les tampons soient composés en grande partie de matériaux d'origine naturelle, l'utilisation de plastique et d'autres produits de synthèse (viscose, rayonne, polypropylène, polyéthylène et polyester) perdure, notamment pour fabriquer le film qui entoure le mélange coton-viscose du tampon. Ce film est la partie qui est en contact avec la muqueuse.

  • un déséquilibre de la flore vaginale, perdant ses propriétés de défense immunitaire, dû à une modification de celle-ci. Peuvent être mis en cause une alimentation la déréglant, la pratique de douches vaginales détruisant la barrière naturelle protectrice du vagin, un sur-nettoyage avec des produits agressifs, ou encore l'utilisation de déodorants intimes. Les douches vaginales ou l'utilisation de ce type de produits intimes ne permettent pas de détruire le staphylocoque.

  • une utilisation accrue de tampons en France. 45 % des Françaises utilisent des tampons, quand seulement 2 % des Italiennes en consomment.

Comment reconnaître un choc toxique ?

La forme clinique complète de ce syndrome associe :

  • une fièvre supérieure à 39°C

  • une hypotension artérielle

  • une éruption cutanée sur l'ensemble du corps semblable à un coup de soleil

  • une fatigue extrême

  • diarrhée

  • vomissements

  • maux de tête et de gorge

Si vous observez certains de ces symptômes lors du port ou du retrait d'une protection périodique intra-vaginale, retirez-la si vous la portez encore. Contactez immédiatement votre médecin en lui précisant le type de protection hygiénique que vous portiez.

Dans tous les cas, n'oubliez pas que cette maladie bien réelle reste extrêmement rare. La meilleure manière de l'éviter est de changer sa protection intra-vaginale de préférence toutes les 4 heures et au maximum toutes les 6 heures et de consulter son médecin, sage-femme ou gynécologue en cas de survenue des symptômes.

Recommandation de l'ANSES

Le 20 janvier 2020, l'ANSES publie un rapport concernant la sécurité des protections hygiéniques. Voici un récapitulation des règles que vous pouvez suivre pour limiter les risques de choc toxique :

  • bien se laver les mains avant et après l'insertion de protection hygiénique interne

  • ne pas garder de protection intra-vaginale la nuit (privilégiez les protections comme les culottes et serviettes hygiéniques)

  • changer le tampon ou vider la coupe menstruelle toutes les 4 à 6h selon vos flux

  • privilégiez les tampons bio (sans dioxines ni furanes chlorés) dont les phases de blanchiment sont réalisés sans agents chlorés mais plutôt avec des techniques alternatives comme l’utilisation de dioxygène et de peroxyde d’hydrogène (comme les tampons de Dans Ma Culotte)

  • respecter les recommandations d’utilisation des industriels, en particulier, celles sur la durée de port des tampons et des coupes, le port d’un tampon uniquement pendant les règles et l’utilisation de tampons ayant le plus faible pouvoir absorbant nécessaire par rapport à l’abondance des règles, afin d’éviter le port de la protection au-delà du temps recommandé.

Pour creuser le sujet, vous pouvez aussi consulter le site du Centre National Staphylocoques.

définition symptôme syndrome du choc toxique
Mélanie Vallée
Rédactrice