vie de règles #12 — ma grossesse extra-utérine après un an sans règles

Anouk Perry
article publié le 14/02/2021 / dernière mise à jour le 21/04/2021

Il y a quelques années, une gynécologue propose à Marion de lui poser un stérilet hormonal. D’abord séduite par cette contraception, la jeune femme ne s’attendait pas à finir aux urgences à cause d’elle. Témoignage.  

le CV des menstruations de Marion

Prénom

Marion

Âge

28 ans

Âge de ses premières règles

13 ans

Durée des cycles

30 jours, avec une variation de 2 jours maximum

Durée des règles

2 gros jours, puis 2 jours de « pas grand chose »

Slogan pour désigner ses règles

Les absentes ont toujours tort

une vie menstruée jusque là sans histoire   

Ma vie de personne réglée a longtemps été sans histoire : j’ai eu mes règles à 13 ans, en n’étant ni la première ni la dernière de mes copines, mes cycles se sont régulés assez rapidement et je n’ai jamais eu de complication particulière sinon un mal de ventre très fort le premier jour de mes règles.

À la fac, j’ai commencé ma vie sexuelle, mais comme je n’avais pas de copain fixe, je me contentais des préservatifs. J’ai essayé peu après de prendre la pilule mais ça n’a pas duré longtemps, peut-être six mois.

Ce n’était pas une réussite, je l’oubliais une fois sur quatre… Je n’arrivais tout simplement pas à la prendre de façon régulière. Et comme je n’avais toujours pas de relation stable, je n’ai pas trouvé utile de persévérer avec ce contraceptif.

ma première relation sérieuse m’a poussé à choisir le stérilet 

À 23 ans, je me suis posée en couple avec un copain. Je n’avais pas envie de reprendre la pilule et en discutant de cela avec ma gynéco, elle m’a proposé de me poser un Dispositif Intra-Utérin (DIU), aussi appelé stérilet.

J’étais plutôt séduite par l’idée d’un DIU cuivre, c’est-à-dire non-hormonal, mais elle me l’a déconseillé. Selon elle, ça risquait d’aggraver mes douleurs de règles. Alors même si j’aurais préféré éviter les hormones, j’ai accepté de me faire poser un DIU hormonal qui était supposé réduire mes douleurs.

Pas de chance, la pose a été très douloureuse et les premières semaines j’ai continué à sentir une gêne permanente, avec des petites pertes de sang en continu ou presque. Je me demandais “mais qu’est-ce que j’ai fait !”.

Ça a duré presque 2 mois comme ça et puis ça s’est stoppé d’un coup. 

plus de règles, bonne nouvelle ? 

Tous ces symptômes se sont stoppés, un nouveau mois est passé et j’ai commencé à attendre mes règles. Elles n’arrivaient pas.

J’ai appelé ma gynécologue qui m’a dit que c’était normal, que ce stérilet pouvait stopper les menstruations chez certaines personnes.

Ça m’a fait un peu bizarre parce que je n’avais pas compris ça avant la pose, personne ne m’avait prévenue.

Sur le moment ça ne me rassurait pas trop en tout cas. Avoir mes règles m’avait toujours semblé naturel et normal.

Et puis passé cette phase où je trouvais ça bizarre, je me suis rendu compte que l’arrêt des menstruations avait un côté assez cool et pratique, d’autant plus que ce DIU ne provoquait aucun autre effet secondaire chez moi.

Ça a duré un an comme ça, une année sans règles, sans problème, et avec une vie sexuelle active.

une séparation et des douleurs étranges

Au bout de presque deux ans de relation, mon ex et moi nous sommes séparés. C’était donc une période compliquée moralement où je devais en plus déménager en urgence. C’est là que j’ai commencé à ressentir des douleurs à la jambe droite, jusqu’à la hanche.

Je bosse en restauration, donc je me suis dit que c’était peut-être lié à un faux mouvement, alors je suis allée voir un ostéopathe qui m’a dit que j’avais effectivement un petit blocage dans le dos. Après quelques manipulations, il m’a conseillé d’aller consulter un médecin si je ressentais toujours cette gêne deux ou trois semaines plus tard.

Deux semaines plus tard, je me suis réveillée avec des pertes de sang, les premières depuis plus d’un an sous stérilet. Ça m’a alertée, d’autant plus que mes douleurs n’étaient pas passées. J’ai décidé, inquiète, de prendre rendez-vous à SOS médecin dans la journée.

les mauvaises nouvelles s’enchaînent

Le médecin que j’ai vu a d’abord pensé à une infection urinaire, mais a préféré par précaution faire passer plusieurs tests dont un de grossesse. Quand il est revenu avec les résultats, il m’a répété que c’était “positif”.

Je n’ai pas tout de suite compris quel test était positif, alors il m’a expliqué que j’étais enceinte. Tout de suite, il a ajouté que ce n’était pas normal que j’ai mal comme ça et que je devais aller immédiatement aux urgences. J’ai eu l’impression de vriller.

Je me suis donc rendue à l’hôpital où on m’a confirmé que j’étais enceinte depuis 9 semaines. Il s’agissait d’une grossesse extra-utérine et donc non-viable.

En gros, cela veut dire que l’embryon est coincé et se développe dans la trompe. Comme ça appuie autour, ça fait mal, ça se déchire…

Il fallait opérer en urgence pour mettre un terme à cette grossesse, ce qui a été fait dans la nuit qui a suivi. On m’a enlevé au passage la trompe ainsi que le stérilet qui n’avait pas fonctionné.

C’était évidemment douloureux physiquement, mais surtout émotionnellement. Je me sentais seule avec cette ironie du sort de me dire que cette grossesse avait été le fruit des derniers ébats avec mon ex.

le long retour au calme après cette grossesse extra-utérine

Après l’opération, on m’a fait une prescription de pilule si je souhaitais reprendre une contraception. J’ai décidé de ne pas l’utiliser.

Je n’étais plus en relation fixe alors ça me semblait inutile, et puis surtout, je n’avais plus confiance en quoi que ce soit.

J’ai rencontré mon copain actuel un an après cet événement. Encore aujourd’hui, nous n’utilisons que des préservatifs. Il n’a pas de problème avec ça. Je stresse beaucoup moins, aussi parce que nos rapports sont finalement assez peu centrés sur la pénétration.

Surtout, je me rends compte que mes règles sont devenues un évènement qui me rassure, notamment sur le fait que je ne suis pas enceinte (ce que je ne souhaite pas).

Je me dis que si je les avais eues à l’époque, j’aurais pu m’inquiéter et donc être prise en charge plus tôt.

Après coup, j’ai beaucoup repensé à l’angoisse que j’avais ressentie en découvrant que je n’aurais plus mes règles sous DIU. J’aurais peut-être dû m’écouter et me dire que si ça ne m’allait pas de ne plus être menstruée, c’est que cette contraception ne me convenait pas.

Anouk Perry
Anouk Perry
Rédactrice
À la fois journaliste web et réalisatrice de podcasts, Anouk Perry cumule les casquettes toujours dans un même but : démystifier l'intime ! Sa devise ? Il n'y a pas de question stupide. Sujets de prédilection : intimité et sexualité.