vie de règles #3 : j’ai décidé de stopper mes règles il y a 5 ans

Anouk Perry
article publié le 14/05/2020 / dernière mise à jour le 14/08/2020

Les règles, un cadeau de mère nature ? Pas pour tou·te·s. Il y a cinq ans, Aurore a fait un choix radical qu’elle ne regrette pas : celui d’interrompre ses règles.

le CV des règles d’Aurore

Âge

23 ans

Âge des premières règles

14 ans

Durée des cycles

Environ 1 mois

Durée de ses règles

Très aléatoire, entre 3 jours et 2 semaines de saignement

Slogan pour désigner ses règles

C’est la nature… Mais moins je les ai, mieux je me porte !

Avant d’avoir mes règles, j’avoue que c’était quelque chose d’un peu abstrait pour moi. On ne m’en avait pas trop parlé et j’étais gênée par ce sujet… Même s’il m’arrivait de dire que je les avais juste pour ne pas aller à la piscine !

Je pensais que les pertes de sang ne dépasseraient pas celles d’une petite coupure. Et puis à 14 ans, j’ai eu mes premières menstruations.

des règles très douloureuses, incomprises par l’entourage

J’ai tout de suite eu des règles très abondantes et douloureuses, et de cycles en cycles, la situation s’est empirée. La durée de mes menstruations s’allongeait et j’avais de plus en plus mal. Ça a fini par m’handicaper.

J’étais au lycée et je passais deux ou trois jours à l’infirmerie à chaque fois que j’avais mes règles. J’avais des nausées, des chutes de tension… Je tombais souvent dans les pommes de douleur.

Mes profs et mon entourage ne comprenaient pas, ils me disaient que ça ne devait pas faire si mal que ça.

J’ai aussi vu un gynécologue qui m’a dit que c’était normal, qu’il n’y avait rien à faire. Je précise que le corps médical a cherché à vérifier si je faisais de l’endométriose, mais on n’a rien trouvé. Alors pendant quelques années j’ai subi ça. On peut dire que c’était un carnage !

contre des règles très douloureuses : la solution de prendre la pillule en continu

Et puis à 16 ans j’ai rencontré une fille qui m’a dit avoir stoppé ses règles en prenant la pillule en continu. J’ai tout de suite pensé : ça va être ça ma libération ! 

Alors j’ai vu mon gynécologue, mais comme à l’époque j’étais en relation avec une fille il ne voyait pas l’intérêt de me prescrire la pillule. Je lui ai parlé des douleurs, mais il me répétait qu’une femme doit avoir ses règles, que c’est comme ça. J’ai négocié et heureusement, il a fini par céder.

Au début, j’ai eu du spotting, c’est à dire des micros pertes de sang, pendant deux mois, puis tout s’est arrêté. Ça a été un soulagement, je me suis sentie revivre. Des gens qui n’y connaissaient rien ont essayé de me culpabiliser, mais je savais que c’était le mieux pour moi. Ça a changé ma vie.

stopper ses menstruations, une solution contre les règles douloureuses ?

Stopper mes règles douloureuses m’a aidé à être plus à l’aise avec mon corps. Par exemple au niveau de la sexualité, il n’y a plus l’imprévu de si ça va arriver ou pas. Je peux disposer de mon corps sans plus m’inquiéter, et simplement ne plus vivre avec la douleur.  

Tout n’est pas parfait. Il y a ce questionnement vis-à-vis des hormones : est-ce que ça modifie celle que je suis ? Je me demande si mon corps serait différent sans, mais je me dis qu’il vaut mieux ça que de souffrir. 

J’ai commencé à fréquenter des garçons et c’est vrai que de ne jamais avoir de règles et donc de ne pas savoir si je tombe enceinte par accident a pu m’inquiéter. Au final, je fais juste régulièrement des tests de grossesse pour me rassurer et je le vis bien. 

Il y a aussi le fait de devoir y penser tous les jours. Au début c’était vraiment très compliqué, je la prenais parfois le soir, parfois le matin… Maintenant c’est devenu une habitude. 

Dans tous les cas, même s’il existe des mauvais côtés, je les ai rapidement mis de côté pour me concentrer sur le bon à savoir que je n’ai plus mes règles. 

je suis heureuse de ne plus avoir mes règles grâce à la pilule en continu 

Aujourd’hui, je sens que le regard de la société a évolué. Au début, on me disait souvent que c’était contre-nature alors que beaucoup plus de gens me comprennent désormais, quel que soit le genre de la personne d’ailleurs. 

Quand je dois renouveler mon ordonnance, je précise aux médecins que je prends la pillule en continu et ils ne sourcillent pas plus que ça. Pas de questionnement. 

Je m’inquiète parfois sur le futur. J’ai peur qu’un jour on me dise que je dois arrêter la pillule parce que ça fait trop longtemps que je la prends. J’ai aussi peur que les douleurs reviennent. C’était quelque chose qui me pourrissait la vie. 

De mon côté, je ne pense pas arrêter la pillule tant qu’il n’y a pas d’autre solution plus saine pour moi. Je ne veux juste plus jamais avoir mes règles.

Anouk Perry
Rédactrice
À la fois journaliste web et réalisatrice de podcasts, Anouk Perry cumule les casquettes toujours dans un même but : démystifier l'intime ! Sa devise ? Il n'y a pas de question stupide. Sujets de prédilection : intimité et sexualité.