Vie de règles #4 : Être un homme et avoir ses règles

Anouk Perry
article publié le 17/07/2020

Quand Barthélémy est né, on a annoncé à ses parents qu’il était une fille. Plus tard, il s’est rendu compte qu’il ne se sent bien qu’à travers son identité d’homme. Barthélémy est donc un homme trans et a naturellement eu ses règles à l’adolescence...

CV des règles de Barthélémy

Prénom

Barthélémy

Âge

22 ans

Âge de ses premières règles

Vers 13 ans

Durée de ses cycles

Un mois, de manière régulière

Durée de ses règles

5 jours

Slogan pour désigner ses règles

Enfin débarrassé !


Enfant, je ne comprenais pas le concept de genre, de ranger les filles et les garçons d’un côté et de l’autre, de leurs attribuer des caractéristiques spécifiques…  

J’avais des intérêts dits “de garçon”, mais c’était anecdotique pour moi vu que je voyais que plein d’autres petites filles étaient comme moi, et que mes parents m’ont toujours laissé libre de choisir mes jouets et vêtements.

Mes premières règles et les questions de genre qu’elles ont soulevé

Et puis j’ai eu mes règles en 4e, sans y avoir vraiment été sensibilisé en dehors d’Internet. Comme personne ne m’en avait vraiment parlé, je les percevais comme un sujet tabou, au point que je les ai caché à ma mère les premiers mois. C’était une source d’angoisse.

Quand j’observais mon entourage, je me rendais bien compte que parler des menstruations était socialement un “truc de fille”. Par exemple, quand des garçons nous entendaient en parler, ils semblaient tout de suite dégoûtés par ce sujet, ou quand j’avais besoin d’une serviette hygiénique, il fallait que je la demande discrètement. 

Pour autant, je n’ai jamais associé les règles à une idée de féminité. C’est simplement ma condition : j’ai un utérus, je suis une personne menstruée, mais ce n’est pas ce qui fait de moi une fille. 

Ce que questionne le fait d’être un homme trans et d’avoir ses règles

C’est en terminal que j’ai compris que je suis un homme trans. Cela signifie que le genre (fille) qui a été annoncé à mes parents à ma naissance ne me correspond pas. Je ne me sens bien qu’à travers mon identité d’homme.

Je sais que pour certains hommes trans, les règles rendent très dysphoriques. La dysphorie de genre, c’est une détresse ressentie quand ton corps ne correspond pas aux normes de genre de la société. 

Dans mon cas, ça va parce qu’encore une fois, j’ai vraiment dissocié mes menstruations de mon statut d’homme.

Et puis les gens qui me connaissent savent que je possède un vagin et un utérus. Je m’octroie donc le droit de parler de règles sans que ça remette en question ma légitimité à être un mec. S’ils ne l'acceptaient pas, je pense que je ne garderais pas ces personnes dans mon entourage... Mais ce n’est jamais arrivé. 

En revanche en parler à des inconnus me fait me poser des questions. J’ai toujours peur que ça remette en question mon statut d’homme. 

Être un homme et avoir ses règles au quotidien

Quand on a ses règles et qu’on va aux toilettes hommes, il arrive souvent de se rendre compte après avoir changé sa protection qu’il n’y a pas de poubelle. 

Je me retrouve donc à faire des manigances en glissant ma protection dans ma manche pour la jeter ensuite discrètement.  

J’ai parfois peur que d’autres hommes voient ma serviette hygiénique et se demandent ce que je fais là, voire de me faire agresser. 

Et si je vais dans les toilettes des femmes,  je ne me sens pas bien non plus parce que je suis un homme, et que les gens me regardent en se demandant pourquoi je suis ici. 

Mettre des poubelles dans toutes les toilettes est un bon début, mais j’encourage surtout les toilettes mixtes. Ça serait également utile pour les personnes qui ne se reconnaissent ni comme homme ni comme femme, et toutes celles qui débutent une transition, et qui n’ont pas forcément le passing c’est-à-dire n’ont pas l’apparence du genre qu’ils ont… Je ne vois que des avantages à ça. 

Sur un autre sujet, j’ai commencé à porter des boxers… Et en fait c’est pas du tout adapté pour mettre des serviettes hygiéniques. On y arrive tant bien que mal mais c’est facilement salissant. 

La testostérone et son effet sur les règles

J’ai commencé à prendre de la testostérone en septembre 2019. Même si à la base mon corps ne me pose pas de problème, mon corps dans le regard des autres me dérange et me fait du mal. 

Le but était de développer de la barbe, la voix qui mue, “masculiniser” les traits du visage et j’étais ravi de savoir que ça pouvait stopper les règles. 

Suite à ma première injection, j’ai eu mes menstruations une fois, et plus jamais depuis. Je sais que ce n’est pas le cas pour tout le monde, certains hommes trans les ont plus longtemps, ou alors elles peuvent revenir six mois après ou encore ils peuvent avoir du spotting. 

Dans mon cas, j’ai uniquement des petites douleurs dans l’utérus au moment où je suis censé avoir mes règles, c’est tout. Honnêtement, c’est un soulagement ! 

Parlons des hommes qui ont leurs règles

Aujourd’hui, les choses évoluent. Les marques commencent à s'intéresser à la transidentité, nous sommes intégrés aux milieux féministes. Même si on est encore souvent oublié, je reste optimiste. 

Je me dis que c’est compliqué : il faut d’abord que la société accepte d’en finir avec le tabou des menstruations avant qu’elle puisse accepter qu’il n’y a pas que des femmes qui ont leurs règles

Alors le message que j’ai à passer, c’est juste qu'il y a plein de mecs menstrués et que ça ne les rend pas moins mec. Avoir ses règles tout en étant un homme, c’est OK et personne ne devrait remettre ça en question.

Anouk Perry
Rédactrice
À la fois journaliste web et réalisatrice de podcasts, Anouk Perry cumule les casquettes toujours dans un même but : démystifier l'intime ! Sa devise ? Il n'y a pas de question stupide. Sujets de prédilection : intimité et sexualité.