l’éducation menstruelle dans le monde, état des lieux

Margot Peignier
dernière mise à jour le 30/01/2020
article vérifié par Adeline Sirmel

L’éducation menstruelle est cruciale pour l’amélioration de la santé et de la place des femmes dans le monde. Des avancées en matière d’éducation et d’accès aux produits d’hygiène féminine se multiplient. Tour d’horizon des initiatives dans le monde.

L’égalité homme/femme ne se fera pas sans un changement des mentalités autour de la période menstruelle. Cette évolution doit se faire à travers trois axes majeurs : l’éducation menstruelle, le changement des mentalités sur les règles et l’accès aux protections menstruelles pour tou·te·s.

Voici la liste (non exhaustive) des pays dans le monde qui donnent l’exemple ou prennent des initiatives dans ce sens.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’âge moyen idéal pour parler d’éducation à la sexualité (qui englobe le sujet des règles) est 12 ans. Quelles sont les politiques mises en place dans les pays du monde pour accompagner les nouvelles générations et réduire les inégalités homme-femme ?

Premier axe : informer les élèves et les étudiant·e·s sur les questions d’hygiène menstruelle et d’éducation sexuelle.

En France, la loi est claire sur le sujet : “Les élèves à l’école, au collège et au lycée, doivent recevoir trois séances d’éducation à la sexualité par an”.

Un objectif ambitieux mais inégalement appliqué par les établissements puisqu’en 2016 environ 25 % n’avaient mis en place aucune action en la matière.

Au Burkina Faso, des cours sont dispensés à l’école pour ne plus avoir honte des règles. C’est une journée particulière organisée dans les écoles, à laquelle assistent uniquement les filles. Celle-ci est dédiée à la sensibilisation à l’hygiène menstruelle et aux questions que les élèves peuvent se poser. En plus de la documentation distribuée aux filles, sont données des affiches s’adressant aux garçons ainsi qu’un guide pour sensibiliser les parents.

Depuis 2017, les cours d’éducation sexuelle sont obligatoires pour les élèves québécois du primaire et du secondaire. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un cours théorique mais d’activités qui s’insèrent dans la vie de l’élève. Adaptées en fonction de l’âge, celles-ci permettent de les renseigner sur la sexualité, l’anatomie mais aussi les agressions sexuelles, les IST, la vie affective, etc.

L’Allemagne avec son programme extrêmement complet fait figure d’exemple en Europe ! Les jeunes Allemand·e·s participent à des stages éducatifs dès le primaire. Accompagné·e·s par leurs enseignant·e·s, ils se rendent dans des centres spécialisés pour aborder des questions telles que : la masturbation, l’éjaculation, la frigidité, le plaisir sexuel… et participent à des ateliers pour apprendre à mettre un préservatif. Un programme qui gagnerait à être copié par ses voisins.

L’élève modèle en matière d’éducation à la sexualité est… la Suède ! Le pays a intégré depuis des années l’éducation à la sexualité dans son programme scolaire. Dès l’âge de 7 ans, les élèves suédois·es abordent les sujets de contraception, d’égalité homme-femme, de consentement à travers différents cours.

Si l’on reprend le fameux hashtag #periodpositive l’idée n’est pas de dire si l’on aime ou l’on déteste les menstruations, il s’agit d’en parler sans honte et sans jugement. Parce que c’est un phénomène physiologique qui concerne la moitié de l’humanité et il serait temps de changer de point de vue à son sujet.

Pour cela il faut que l'éducation sur les menstruations soit bien enseignée par des professeur·e·s confiant·e·s. Il ne faut plus que l’éducation menstruelle soit une double page dans un manuel scolaire mais un vrai échange qui implique filles mais aussi garçons pour supprimer ce tabou.

Deuxième axe : changer le regard sur la menstruation, la clé de voûte de l’évolution des mentalités

Dans de nombreux pays une femme menstruée est perçue comme “sale”, “honteuse” et ne doit pas se montrer. Par exemple dans certaines castes en Inde, les femmes menstruées n’ont pas le droit de participer aux activités domestiques. L’éducation menstruelle doit aussi passer par un changement du regard d’autrui sur la menstruation.

Pour la nation Cherokee c’est l’inverse, les femmes qui ont leurs règles sont considérées comme puissantes et sacrées. Un exemple qu’on aimerait voir se propager au sein des cultures les plus hostiles aux règles.

De nos jours, les médias relaient encore de tragiques histoires comme celle d’une jeune Népalaise de 21 ans décédée par suffocation dans une “cabane menstruelle”. Une tradition pourtant interdite depuis 2005 qui consiste à isoler totalement les femmes en période menstruelle dans une hutte de boue et de pierre et de leur interdire l’accès à toute nourriture ou commodités du village.

Espérons que les initiatives pour remettre l’appareil génital féminin et les règles au coeur de l’espace public finiront par mettre définitivement à mal les vieilles traditions nuisibles au développement des pays.

Troisième axe : faciliter l’accès aux produits d’hygiènes menstruels

Nous en parlions dans notre article dédié à l’état des lieux (non exhaustif) des initiatives menées par des pays pour l’équité menstruelle, des pays précurseurs comme l’Ecosse, le Canada, certains états des Etats-Unis ou encore la Corée du Sud prennent la mesure de l’importance de la lutte contre la précarité menstruelle.

L’Ecosse a mis en place un programme destiné à fournir gratuitement des protections périodiques aux 395 000 élèves et étudiant·e·s du pays tandis qu’en Californie les établissements scolaires publics dont 40 % des élèves se situent sous le seuil de pauvreté doivent fournir gratuitement des serviettes et des tampons.

L’Afrique du sud : une suppression de la taxe sur les produits d’hygiène féminine. Depuis fin 2018 et grâce à l’action combinée d’élues au Parlement et d’étudiantes, la taxe s’élevant jusqu’à 15 % a été supprimée. Depuis 2019, des serviettes hygiéniques ont même été distribuées dans les écoles publiques.

Comment parler d’éducation menstruelle et d’éducation à la sexualité ?

Pour celles·ceux qui ne savent pas comment aborder l’éducation menstruelle avec leur·s enfant·s, élève·s, ami·e·s, etc., nous listons des ressources utiles et fiables pour toutes les questions que chacun·e peut se poser dans notre article sur l’éducation menstruelle en France.

Et pour les pré-adolescent·e·s, la série Netflix Sex Education est tout simplement géniale et aborde des sujets comme le consentement, l’homosexualité, la contraception sur un format “série” donc beaucoup plus apprécié par les plus de 14 ans.

Les réalisateurs de la série ont d’ailleurs eu l’excellente idée de solliciter Charlotte Abramow, la réalisatrice du clip du très bon “Balance ton quoi” d’Angèle pour créer un manuel pop et coloré qui parle d’éducation sexuelle. Le manuel aborde des sujets aussi divers que les règles, le consentement, ou la masturbationLe Petit Manuel Sex Education est téléchargeable en PDF gratuitement pour répondre sans tabou aux questions des adolescent·e·s sur la sexualité.

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Margot Peignier
Rédactrice
Employée en startup et rédactrice freelance depuis maintenant 4 ans, Margot est passionnée par les ressources humaines, la recherche du sens au travail et les femmes dans la tech. Sujets de prédilection : égalité et empowerment des femmes.