la représentation des règles dans les séries TV

Margot Peignier
dernière mise à jour le 23/03/2020

Desperate Housewives, Orange is the new Black, Girls, Masters of Sex, Scandal….

Ces séries font avancer la représentation de la sexualité féminine et amorcent un tournant dans le paysage audiovisuel. 

Ces séries TV américaines sont un nouveau terrain pour parler de l’intimité des femmes et libérer les tabous ! Et nul tabou n’est plus présent dans notre société que celui des règles, surtout à l’écran. D’ailleurs, dans la majeure partie des séries TV, les héroïnes ne saignent jamais ou rarement… En 10 saisons de Friends le mot “periods” n’aurait été prononcé qu’une seule fois. 

Récemment, la publicité Nana "Viva la vulva" qui montre des règles rouges (et non bleues) a généré des réactions négatives sur les réseaux sociaux et près de 1.000 signalements au C.S.A (Conseil supérieur de l’audiovisuel) ont été formulés. La plupart du temps, la publicité était dénoncée comme “choquante”. Le C.S.A. avait alors statué en faveur de la marque déclarant qu’il n’avait pas “constaté de manquements” et la publicité est toujours diffusée aujourd’hui. 

Les menstruations ont pourtant fait leur apparition depuis des années à la télévision et dans les films... 

De Samantha qui pense ne plus avoir ses règles, les voit survenir au beau milieu d’un acte sexuel dans Sex and the City et s’en réjouit, en passant par Larry David qui lit des instructions sur comment insérer un tampon à une scout qui a ses règles pour la première fois dans Curb Your Enthusiasm (1:52). 

Depuis quelques années, certaines réalisatrices de série (Jenji Kohan et Jill Soloway notamment) ont pris un tournant résolument engagé. Il s’agit désormais de représenter des femmes dans toutes les dimensions de leur féminité et surtout de montrer que les règles ne sont ni une faiblesse ni une honte. Tour d’horizon des séries qui donnent l’exemple.

Orange is the new Black

Orange is the new Black est une série américaine qui met en scène une femme, Piper, incarcérée dans une prison nommée Litchfield pour quinze mois. 

L’histoire raconte son quotidien et celui des autres détenues. La série est avant gardiste pour de nombreuses raisons et notamment parce que des sujets tabous y sont représentés. Les menstruations sont évoquées de nombreuses fois, rappelant les conditions d’hygiène difficiles en prison pour les femmes et la précarité menstruelle à laquelle elles doivent faire face.

Dans la saison 5 par exemple (ATTENTION SPOILER), la réalisatrice Jenji Kohan montre une révolte des détenues qui prennent le contrôle de la prison suite à un événement tragique dont les coupables sont les gardes pénitenciers. Pendant 72h, les femmes prennent en otage les gardes et s’organisent pour établir une rançon. Sur la liste des doléances figure en bonne place des tampons gratuits

Dans un autre épisode, Gina une détenue étale son sang menstruel sur son visage pour faire croire au garde qu’elle est blessée. C’est une ruse qui fonctionne et elle parvient à le duper. Les règles deviennent alors une force et non une faiblesse pour l’héroïne.

I love Dick

Chris une quarantenaire tombe amoureuse de Dick, sorte de cowboy dirigeant une résidence d’artistes au Texas, une résidence à laquelle le mari de Chris, Sylvère, participe. 

(ATTENTION SPOILER) Après 8 épisodes, dans lesquels la tension monte et alors que les deux amants se retrouvent enfin, Dick glisse sa main entre les cuisses de Chris, celui-ci s’aperçoit que ce qu’il a pris pour de la cyprine n’est autre que du sang. Il s’enferme dans la salle de bain pour se laver les mains. L’héroïne surprise, s’habille, lui vole son chapeau de cowboy. La scène est marquante : on la voit longer la route, habillée avec sa chemise d’homme, un filet de sang coulant le long de sa jambe. La réaction de Dick face aux règles, ouvre les yeux de Chris sur l’objet de ses fantasmes, finalement bien plus décevant que dans son imagination.

La réalisatrice montre que cet événement qui aurait pu être embarrassant, se transforme en acte de force et d’indépendance pour l’héroïne.

Black-ish

Dans la quatrième saison de Black-ish, Diane a ses règles pour la première fois à l’école et l’annonce aux femmes de sa famille. Contrairement à de nombreuses autres représentations (les premières règles font peur), elle est sereine

Elle dit qu’elle connaît déjà tout du cycle menstruel grâce aux cours et qu’elle a déjà installé une application pour suivre ses règles. Dans ce cas, les règles ne sont ni honteuses ni vécues comme un événement angoissant.

D’autres séries n’ont pas peur de montrer le quotidien des règles. Par exemple, dans l’excellente série Girls où les héroïnes Marny et Hannah parlent des tâches de sang qui ne partent pas sur les vêtements, dans Glow et ses catcheuses qui échangent tampons et serviettes dans les vestiaires, avec Big Mouth et sa chanson “Everybody bleeds” chantée par un tampon, etc. Sans oublier l’hilarante chanson de l’héroïne de Crazy Ex Girlfriend vantant les mérites des rapports sexuels pendant les règles. Sobrement intitulée Period Sex, les paroles ont le mérite d’être explicites :

“Period sex, period sex, think of it as just mother nature’s juice cleanse. Period sex, period sex, it’s a little gross but i’m less likely to get pregnant during, period sex (...) pretend it’s cherry lube.”

Traduction :

Le sexe pendant les règles, le sexe pendant les règles, pensez-y comme le jus purificateur de mère nature. Le sexe pendant les règles, le sexe pendant les règles, c'est un peu dégoûtant mais je suis moins susceptible de tomber enceinte pendant ces rapports, le sexe pendant les règles (...) faites comme si c'était du lubrifiant à la cerise.”

Entre Meufs

“- Depuis que je suis sous stérilet (...) mes règles sont plus abondantes, elles vont durer moins longtemps, 48h c’est la mer rouge quoi ! C’est tu mets une cup, mais tu mets une serviette hygiénique et au bout de deux heures tout est plein.”

“- Du goudron de règles”.

C’est le genre de discours très explicite qu’on entend dans le premier épisode de cette web série qui parle avec naturel et honnêteté des menstruations ! Dans cet épisode, les femmes se rappellent d’expériences liées aux règles ! Un ton rafraîchissant dit tout haut ce que bien des femmes pensent et ressentent tout bas. 

28 jours

28 jours c’est un documentaire d’une trentaine de minutes disponible sur YouTube qui parle des menstruations de manière accessible et ludique. Les réalisatrices Justine Courtot, Angèle Marrey et Myriam Attia et prennent le sujet à bras-le-corps et posent les bons mots sur le sujet. À travers les témoignages de différents protagonistes : gynécologue, naturopathe, homme, femme, etc. tous les sujets sont abordés : des hormones du cycle menstruel, en passant par les expériences des menstruations ou la composition des tampons, etc.

Les réalisatrices donnent un ton volontairement engagé au documentaire pour lutter contre la prétendue impureté des règles et la dévalorisation des femmes.

Sex Education : LA série du moment sans tabou

“Last but not least” comme diraient nos voisins anglo saxons, l’OVNI dans le ciel des séries TV : Sex Education. Cette série met en scène une bande d’adolescent·e·s qui vivent leurs premières expériences sexuelles et amoureuses

Chaque personnage principal comme secondaire est passionnant et traverse ses propres interrogations. Otis jeune homme vierge, Jean sa maman sexologue, Eric son meilleur ami gay, Maeve la rebelle... Tou·te·s sont passionnant·e·s et contribuent à rendre la série géniale.

La série aborde des sujets méconnus ou trop peu souvent abordés comme : les MST, le harcèlement, les différentes orientations sexuelles, le plaisir féminin, le consentement, la pilule du lendemain, la sororité...

Il y a tellement à dire sur ce bijou que nous avons décidé de lui dédier un article entier à lire très bientôt… Affaire à suivre :-)

En conclusion : Les séries TV sont le reflet de nos sociétés

Le chemin pour convaincre l’opinion que les règles ne sont pas dégoûtantes et qu’elles peuvent être représentées à l’écran est encore long. La manière dont le cinéma et les séries abordent le sujet est représentatif de notre représentation du corps féminin dans nos sociétés actuelles. 

Les femmes continuent de demander une protection périodique en chuchotant au bureau, de glisser son tampon dans sa manche pour traverser l'open space, d’avoir honte lorsqu’elles arrivent au beau milieu d’un rapport sexuel, etc. 

Reste à espérer que donner une véritable place aux règles dans les séries TV et les films contribuera à lever le tabou qui subsiste autour des menstruations.

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Margot Peignier
Rédactrice
Employée en startup et rédactrice freelance depuis maintenant 4 ans, Margot est passionnée par les ressources humaines, la recherche du sens au travail et les femmes dans la tech. Sujets de prédilection : égalité et empowerment des femmes.