vie de règles #19 — mes règles : du complexe à l’acceptation !

Anouk Perry
article publié le 16/09/2021

Avoir ses premières règles est une expérience qui peut bouleverser une vie. Cécile raconte son long chemin parcouru pour enfin faire la paix avec ses menstruations.   

le CV des menstruations de Cécile

Prénom

Cécile

Âge

33 ans

Âge de ses premières règles

10 ans

Durée des cycles

Aucune idée !

Durée de ses règles

5 jours

Slogan pour désigner ses règles

« Vivement la ménopause ! »

l’arrivée traumatisante de mes premières règles

Octobre 1998. Je suis en CM2, en plein voyage organisé, et au moment où je m’assois sur les toilettes, je hurle. J’ai du sang dans ma culotte. Je n’ai jamais entendu parler des règles et je ne comprends pas ce qu’il se passe. J’ai l’impression que je suis en train de mourir. J’ai très, très peur…

Ma mère est présente et tente de me rassurer. Dans ma tête, c’est le trou noir : l’évènement est si traumatisant qu’il semble avoir été occulté de ma mémoire. Je crois que ma mère est tout aussi choquée que moi : elle n’est pas à l’aise avec le sujet et, en plus, je les ai avant une de mes grandes sœurs !

Quatre mois plus tard, en vacances chez ma marraine, je vois de nouveau du sang dans ma culotte. Cette fois, je ne panique pas, je sais plus ou moins que c’est normal. En revanche, j’en ai très honte et je fais en sorte de les cacher. Je n’ai pas de protections, alors je mets plein de couches, notamment des pulls autour de la taille pour ne surtout pas qu’on le remarque…

Au retour, quand ma mère vide ma valise, elle me remonte les bretelles, me crie que j’aurais dû signaler mes menstruations et porter des protections. Encore une fois, je me sens honteuse.

Enfin, à l’école, je me sens très seule. Il n’y a pas de poubelles dans les toilettes et les garçons sont moqueurs. Un jour, quand un élève demande en classe ce que sont les règles, l’assistante scolaire lui répond “Tu demanderas à Cécile, elle saura t’expliquer !”. J’ai envie de disparaître, tant je me sens comme en cage dans un zoo.

J’ai eu des seins à 8 ans, mes premiers soutiens-gorges à 10 ans, et puis mes règles… Mais moi, à cette époque, je ne veux pas de tout ça, je veux juste continuer à être une gamine normale qui joue à chat comme tout le monde !

Tout semble si tabou que j’ai mis longtemps à me rendre compte qu’en fait, je ne suis pas la seule à avoir été réglée si tôt.

le collège et les limites de l’incompréhension 

Comme on ne m’a pas bien expliqué ce que sont les menstruations, je ne sais pas ce qui est normal ou non. Alors, quand en 6e je commence à avoir des règles tous les jours pendant un an et demi, ça ne m’inquiète pas. Après tout, ma mère m’a dit que les premières années, les menstruations sont souvent irrégulières !

À force d’acheter beaucoup de paquets de serviettes hygiéniques, elle finit par tiquer et se rend compte qu’il y a un souci. Je commence alors un parcours médical, en allant voir mon médecin généraliste, puis un gynécologue. 

Après une échographie, il me dit que je souffre du Syndrôme des Ovaires Polykystiques, et que j’aurai probablement du mal à avoir des enfants. En attendant, il me met sous pilule afin d’arrêter mes pertes de sang en continu.

À la même période, en voyage scolaire, il m’arrive de nouvelles péripéties : des profs me font remarquer que je n’ai pas le droit de dire que j’ai mal ou que je ne me sens pas bien à cause de mes règles. J’ai besoin d’être aidée, mais j’ai juste l’impression d’être enfoncée dans la honte.

la pilule a sauvé ma vie de personne menstruée

Grâce à la pilule, mes menstruations deviennent parfaitement réglées. Et puis, en arrivant au lycée, je suis plus à l’aise avec mon corps et j’essaie les tampons. Je les trouve tellement plus confortables que les serviettes hygiéniques ! 

Ma relation avec mes règles s’apaise, et en terminale, j’ai 7 mois de bonheur total où elles se stoppent entièrement. Enfin, je parle de bonheur mais dans les faits, j’étais tellement stressée par mon bac que mon organisme s’est retrouvé en vrac, provoquant des soucis intestinaux ainsi que l’arrêt des règles… Qu’importe, ce second “symptôme” me fait plaisir !

Après le bac, mon médecin souhaite me faire arrêter la pilule afin de voir comment mes cycles ont évolué depuis mes 13 ans. Je refuse en bloc : j’ai un nouveau copain, je suis à la fac. Ça ne me semble pas le bon moment !

Et puis petit à petit, à partir de 25 ans, c’est le déclin de ma “relation” avec ma pilule. Je l’oublie très régulièrement et commence à me questionner sur ma contraception et mon rapport aux médecins. La pilule ne me convient plus et j’ai l’impression qu’on joue avec ma santé. Si j’écoute les gynécos, tout est la faute de mon surpoids. Alors que je veux changer de moyen de contraception, on me change encore et encore de pilule. Je n’arrive pas à me sentir dans une relation de confiance avec mes médecins.

l’arrêt après 14 ans de pilule

À 26 ans, j’ai l’impression désagréable que je ne connais pas mon corps et ne comprends toujours pas vraiment le fonctionnement des menstruations. Je sais vaguement que c’est quelque chose qui permet d’avoir des enfants, c’est tout.

Je bataille un an et demi avec ma gynécologue pour qu’elle me laisse stopper la pilule, mais elle refuse. Un jour, je réalise que je n’ai pas besoin qu’elle valide cette envie. Il me suffit de l’arrêter, tout simplement.

Après ça, pendant six mois, j’ai des règles très régulières. Et puis, très soudainement, j’ai de l’acné, des seins qui font mal, des sautes d’humeur et une libido qui explose.

Je vais voir un nouveau gynécologue pour comprendre ce qu’il se passe. Il me fait une échographie et m’annonce étonné qu’il y a quelque chose d’anormal : j’ai les ovaires d’une jeune fille de 18 ans. La prise de pillule en continu ne leur a pas permis de mûrir correctement. Et là, à 28 ans, mes ovaires sont en train de faire une sorte de crise d’ado !

me sentir mieux dans mon corps au naturel

Petit à petit, je me rends compte que l’arrêt de la contraception hormonale fait que je me sens mieux dans mon corps. Je ne me sens plus lourde, je ne fais plus de rétention d’eau, et je comprends quand mes règles vont arriver. Je n’ai plus l’impression de les subir.

Je découvre au passage d’autres solutions pour me protéger pendant les menstruations. J’entends parler de la cup, et jette finalement mon dévolu sur les culottes menstruelles. Je trouve cette protection géniale, surtout depuis que je fuis les tampons à cause de la peur du syndrome du choc toxique.

Le jour où avec mon mari on décide de faire un enfant, on imagine que cela va prendre des mois, voire des années… En vérité, cela va très vite, presque trop : je tombe enceinte au premier cycle, alors que nous n’étions pas vraiment prêts !

Les deux premiers mois sont très désagréables à cause des nausées, mais après ce cap, j’adore être enceinte. Ne plus avoir mes règles pendant 9 mois me permet de prendre du recul, et je me mets à lire sur le sujet.

J’apprends que je vais avoir une fille et je commence à m’inquiéter : comment lui parlerai-je des règles ? J’en viens à me dire qu’avec un garçon, le sujet aurait pu être évité.

Si tu as besoin d’expliquer les règles à une fille ou un garçon, on te conseille de lire notre article sur le sujet. Être informé sur les règles ne nécessite pas de les avoir ! 🙂 – ndlr

ma fille, mon corps et mes règles

Ma fille a aujourd’hui trois ans, et j’ai décidé de lui parler de mes règles naturellement.

Par exemple, elle tombe parfois sur mes protections hygiéniques, et je lui explique que c’est “la couche à maman”. Comme elle est encore très petite, il arrive qu’elle me suive aux toilettes et elle a déjà vu du sang dans ma culotte. Je lui ai expliqué que c’est normal. Elle n’a pas semblé plus choquée que ça !

En ayant ce discours, je me dis que les règles ne lui tomberont pas dessus par surprise. Elle sait déjà que ça existe, que ce n’est pas honteux, et je me dis que ça lui évitera de vivre ce que j’ai pu vivre enfant.

À présent, je me dis que si nous avons un second enfant, et que c’est un garçon, j’aurai exactement le même discours. Il fera ainsi peut-être partie de ceux qui ont toujours chez eux une boîte de protections hygiéniques pour leurs ami·e·s. Il saura que les règles ne sont ni sales, ni honteuses.

Quant à moi, ce long parcours m’amène aujourd’hui à bien plus écouter et comprendre mon corps… Ceci dit, je continue de penser “vivement la ménopause”. Hâte d’en finir une fois pour toutes avec les règles !

Anouk Perry
Anouk Perry
Rédactrice
À la fois journaliste web et réalisatrice de podcasts, Anouk Perry cumule les casquettes toujours dans un même but : démystifier l'intime ! Sa devise ? Il n'y a pas de question stupide. Sujets de prédilection : intimité et sexualité.