vie de règles #9 : “mon père m’a tout appris sur les règles”

Anouk Perry
article publié le 10/12/2020 / dernière mise à jour le 14/12/2020

Il est parfois avancé que parler de puberté et de menstruations est le rôle des mères. Pourtant, comme le raconte Océane dans son témoignage, les pères peuvent très bien prendre le relai…

le CV des menstruations d’Océane

Prénom

Océane

Âge

23 ans

Âge de ses premières règles

10 ans

Durée de ses cycles

28 jours

Durée de ses règles

4 jours maximum

Slogan pour désigner ses règles

Calmes en apparence, folles en existence

comment mon père a géré l’arrivée de mes premières règles 

Le jour où j’ai eu mes règles pour la première fois, je savais ce que c’était, mais j’ai paniqué parce que mon flux était bien plus fort que ce que j’avais imaginé. J’avais du sang jusqu’aux genoux !

J’étais seule avec ma mère qui m’a donné une serviette hygiénique sans m’expliquer ce que je devais en faire. Je n’avais pas compris qu’il fallait la coller dans ma culotte. J’étais perdue… 

Quand mon père est rentré du travail, il est tombé sur moi, toute déboussolée, et il m’a complètement prise en charge. 

Il s’est inquiété de savoir si je me sentais bien, si j’avais mal au ventre, etc. J’avais surtout peur d’être sale. Il m’a immédiatement rassurée en me disant que ce n’était pas sale, que j’allais vivre ça tous les mois et qu’on allait trouver les protections qui me conviendraient le mieux

acheter des serviettes hygiéniques avec mon père 

Mon père et moi sommes alors allé·e·s dans un hypermarché, au rayon des protections hygiéniques, et nous nous sommes posé·e·s devant pendant une demi-heure. Il a pris le temps de m’expliquer les différentes options qui s’offraient à moi ainsi que le système de gouttes en fonction du flux… 

Je me souviens très bien de la tête de mon papa tout fier, à la caisse, quand on est passé·e·s avec juste des serviettes hygiéniques et un paquet de bonbons (pour le réconfort) sur le tapis roulant. C’était une scène assez mignonne. 

Par la suite, il m’a conseillé de tester plusieurs types de serviettes hygiéniques jusqu’à trouver celles qui me conviennent le mieux. 

Comme c’était mon père qui s’occupait des courses chez moi, c’est lui qui a continué par la suite à acheter mes protections. Une fois que j’ai trouvé mes serviettes préférées, il ne s’est jamais trompé ni de marque, ni de modèle ! 

Aujourd’hui, je me rends compte que c’est incroyable parce qu’il était vraiment calé sur la question, plus que certaines filles autour de moi aujourd’hui. Mon père a fait passer mes règles comme quelque chose d’absolument normal. Et effectivement, ça l’est !

la piscine, mes règles… et mon père ! 

Les années qui ont suivi, je me suis mise à faire de la natation haut niveau, avec des compétitions. Sauf que la première année, à chaque fois que j’avais mes règles, je m’interdisais d’aller à la piscine ou même de faire du sport. 

Ce n’est pas que j’avais des règles très douloureuses. C’est qu’à force de voir au collège toutes ces filles qui ne venaient pas en sport quand elles étaient menstruées, j’avais fini par croire qu’il ne fallait pas faire d’effort à ce moment du mois !

Et puis je ne voulais pas porter de tampon, ce qui rendait la piscine compliquée. Alors, mon père a pris les devant et est allé voir ma coach de natation pour voir s’il n’y avait pas une alternative pour continuer mon entraînement même quand j’avais mes règles. 

Elle m’a conseillé de mettre une culotte de bikini en dessous de mon vrai maillot de bain, histoire d’avoir une double épaisseur. De plus, selon elle, si mon flux était faible, il suffisait de prendre une douche avant, et ça ne se verrait pas. 

Grâce à ces astuces, j’ai pu continuer la natation à un rythme soutenu. J’ai même parfois fait des compétitions avec cette technique de double couche et ça s’est super bien passé !

C’est moi qui ai appris à certaines de mes copines que c’était possible de faire du sport, et d’aller à la piscine quand on a ses règles… Merci à mon père pour ça !

mon père, un pilier lors de mes premières années de règles 

Une autre fois, j’ai eu mes règles au mariage d’une cousine, et j’ai totalement taché ma robe. C’est mon père qui s’en est aperçu et m’a rassurée avant d’aller faire un aller-retour rapide pour me chercher des protections, une culotte et une robe propre. Il a réagi si bien et si vite que je crois que personne d’autre ne s’en est rendu compte. 

Ce qui me rend plus triste, c’est qu’en y réfléchissant, même si mon papa a fait du mieux qu’il a pu, je suis persuadée que ce genre d’accident m’est arrivé parce qu’on n’est globalement pas très bien éduqué·e·s sur les protections hygiéniques. 

Oui, il m’a appris à détacher les taches de sang sur les vêtements avec de l’eau tiède, mais j’ai par exemple mis longtemps à me rendre compte que je plaçais mes serviettes hygiéniques trop sur le devant de ma culotte, alors que quand on s’assoit, le sang coule par derrière. 

tout le monde devrait être sensibilisé aux règles

Aujourd’hui, j’ai envie de dire à tous les adultes de s’éduquer sur la question des menstruations. Pas uniquement pour le confort des ados qui ont leurs premières règles, non, pour celui de tous et toutes ! 

Ça ne coûte rien de mettre une poubelle dans ses toilettes pour les personnes menstruées qui pourraient être invitées à la maison. 

De même, avoir dans sa pharmacie un paquet de tampons ou de serviettes hygiéniques peut grandement dépanner un·e proche en galère, et ça ne coûte que quelques euros. 

On sait tous que ce n’est pas agréable d’avoir ses règles, et il suffit de petites habitudes pour nous rendre la vie plus douce. Tout le monde peut se renseigner, ça enlève une gêne non négligeable, et ça, ça n’a pas de prix ! 

Anouk Perry
Anouk Perry
Rédactrice
À la fois journaliste web et réalisatrice de podcasts, Anouk Perry cumule les casquettes toujours dans un même but : démystifier l'intime ! Sa devise ? Il n'y a pas de question stupide. Sujets de prédilection : intimité et sexualité.