vie de règles #15 — j’ai eu mes règles à la piscine… et là, c’est le drame

Anouk Perry
article publié le 12/05/2021

Inès, Giulia et Valentine ont toutes les trois eu leurs règles à la piscine… Et ça s’est mal passé ! Heureusement, elles ont survécu et rient aujourd’hui de ces anecdotes.

Inès — « la ficelle qui sort du maillot, un classique »

J’ai toujours fait de la natation, et j’ai commencé les compétitions à 11 ans. Cette même année, j’ai eu mes règles pour la première fois, et comme il n’était pas question que je manque une semaine d’entraînement pour cette raison, ma mère m’a expliqué comment mettre un tampon et fin du débat.

Au fil des années, il est arrivé que la ficelle sorte du maillot, alors je faisais en sorte de bien la ranger avant. Je sais que certaines de mes amies la coupaient carrément pour être certaines que ça ne leur arrive pas. On savait que ça pouvait arriver, c’était un “classique”.

Notre souci principal était que durant les entraînements, nous n’avions pas le droit d’aller aux toilettes. Ça pouvait durer deux heures sans pause.

Donc si le tampon n’était pas suffisamment enfoncé et que je le sentais sortir à moitié pendant une brasse par exemple, il fallait faire avec jusqu’à la fin du cours.

Un jour, alors qu’on sortait de l’eau pour se désaltérer avant d’enchaîner sur des plongeons, je me suis rendu compte qu’il y avait derrière moi une traînée d’eau légèrement teintée.

Il s’agissait du sang de mes règles dilué avec de l’eau de piscine. Je me suis immédiatement essuyée pour rester discrète, mais mon prof a vu le sol et a commencé à crier “qui a mis du coca dans sa gourde”, pensant que c’était du soda renversé.

Ça se voyait que la trace venait jusqu’à moi, il l’a suivi du regard, puis il m’a vu en train de m’essuyer mes jambes, à côté de ma gourde transparente remplie d’eau.

J’ai senti un switch dans son regard. Il a arrêté de crier et nous a donné l’ordre de repartir plonger sans attendre.

Ce que j’ai fait, sans avoir pu passer aux toilettes avant… J’étais mal à l’aise, je savais que ça allait continuer à saigner dans l’eau. On entend parfois que les règles s’arrêtent dans l’eau.

En fait pas du tout, ou en tout cas pas chez moi.

Giulia — « ma prof m’a foutu la honte à la piscine » 

Lorsque j’avais 17 ans, au lycée, durant une période assez difficile, je manquais souvent les cours.

Un jour, j’ai eu mes règles et comme je ne voulais pas porter de protection interne, je ne pouvais pas aller au cours de natation.

Je suis allée vers la prof pour lui donner mon mot d’excuse. Je pensais sincèrement qu’elle allait comprendre, surtout qu’il s’agissait d’une femme et là…

Nous étions dans la cour où il y avait des élèves de plusieurs classes et d’autres professeurs. Elle s’est mise à crier devant tout le monde :

« Tu veux que je fasse quoi avec ce mot ? Tu n’es jamais là et tu te permets de venir avec un mot comme quoi t’as tes règles ? Et les tampons tu connais pas ?"

J’étais fébrile, mais j’ai quand même répondu que je n’arrivais pas, que je n’étais pas à l’aise avec les tampons. Sa réponse a alors été :

« Tu n’es pas à l’aise ? C’est pourtant pas compliqué, t’as jamais eu de rapports sexuels ?"

Je me suis sentie humiliée et jugée. Comme si le tampon était une obligation sociale liée au sexe, et qu’il était anormal de se sentir mal à l’aise à l’idée d’aller à la piscine quand on a ses règles.

Cette situation s’est déroulée il y a 10 ans et je me rends compte de la violence des propos de cette prof. Je remarque aussi que le jugement à ce sujet ne vient pas toujours que des hommes.

Valentine « mes règles à la piscine du camping… et leurs conséquences ! »

J’ai eu mes règles à 10 ans. Au début, il n’était pas question de mettre des tampons, alors mes parents me faisaient des mots pour que je n’aille pas faire de la natation quand je les avais.

L’année suivante, nous sommes partis dans un camping avec une piscine et des grands toboggans. Sauf qu’évidemment, j’ai eu mes règles à l’arrivée, et je n’avais pas du tout envie de passer à côté de cette piscine…

Le premier jour, je me suis dit que j’allais patienter quelques jours pour me baigner, mais j’ai craqué le lendemain : je voulais y aller tout de suite.

Ma mère m’a rassuré en me disant de porter une serviette hygiénique dans mon bas de maillot de bain, et de l’enlever juste au moment de me baigner. Je portais un short de plage par-dessus, personne ne pouvait deviner ma protection.

On s’est posés au bord du bassin et au moment de se baigner, je suis passée aux toilettes retirer mon short, et surtout ma protection.

C’est là que je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de poubelle dans ces toilettes. J’ai pensé à jeter ma serviette sur le sol des toilettes, ou à en faire une boule que je jetterai dans une poubelle en sortant. Mais j’ai paniqué, je l’ai jeté dans la cuvette, j’ai tiré la chasse, je suis sortie sans regarder et j’ai couru pour aller me baigner.

La baignade a été vraiment sans évènement si ce n’est que peu après être sortie, j’ai vu du coin de l’œil deux employés s’agiter au niveau des toilettes. Je me doutais que ça devait être lié à mon geste, et je mourrais de honte alors j’ai trouvé un prétexte pour rentrer à notre caravane rapidement.

Je ne sais pas ce qu’il s’est passé exactement, si ma protection n’avait pas été évacuée par la chasse d’eau et était restée coincée dans la cuvette, ou bien si elle avait bouché les canalisations.

Tout ce que je sais, c’est que quelques jours plus tard, une poubelle avait été ajoutée dans les toilettes de la piscine avec une mention “merci de ne pas jeter vos protections hygiéniques dans les toilettes”.

Anouk Perry
Anouk Perry
Rédactrice
À la fois journaliste web et réalisatrice de podcasts, Anouk Perry cumule les casquettes toujours dans un même but : démystifier l'intime ! Sa devise ? Il n'y a pas de question stupide. Sujets de prédilection : intimité et sexualité.