Tour du monde des protections périodiques

Lise Famelart
article publié le 26/08/2020

“Les anglais ont débarqué”, “être indisposée”, “avoir ses ragnagna”… derrière ces expressions marrantes se cache un vrai tabou entourant la période des règles. Un tabou qui empêche souvent de les vivre correctement. D’un pays à l’autre, découvrez quelles sont les protections périodiques utilisées par les personnes réglées.

Si en France et dans beaucoup de pays d’Occident de nombreuses protections périodiques sont proposées (éponges, cups, tampons, serviettes à usage unique, réutilisables, culottes de règles…), ce n’est pas le cas dans tous les pays.

Bien souvent, le manque de solutions résulte d’un véritable tabou entourant les règles : c’est ce qu’on appelle la précarité menstruelle, qui touche jusqu’à 500 millions de personnes dans le monde selon la Fédération Internationale de Gynécologie (FIGO).

Après un tour d’horizon de la gratuité des protections périodiques dans le monde, nous vous proposons de découvrir les protections utilisées par les femmes durant leurs règles dans différents pays.

en Zambie et en Ouganda, des solutions souvent précaires

Au-delà d’avoir les moyens de les acheter, parfois les femmes n’ont même pas accès à des protections périodiques. Elles ont alors recours à des solutions “maison” : en Zambie par exemple, une femme explique au journal Le Monde qu’elle fait sécher de la bouse et la réduit en poudre, avant de la mettre dans un tissu qu’elle place entre ses jambes durant ses règles. Elle ajoute que la bouse séchée a des propriétés très absorbantes.

En Ouganda, une autre femme indique qu’elle creuse simplement un trou dans le sol et s’assoie dessus quand viennent les saignements. Anticiper l’arrivée des règles est d’autant plus difficile qu’elle vit dans un milieu très rural : parfois, les saignements arrivent alors qu’elle n’a aucun linge à portée de main. Ce sont d’ailleurs des cas évoqués dans une vidéo pour Madmoizelle par Marie et Noëlle, créatrices de Dans ma culotte, au moment de la conception de leur gamme de protections lavables.

en Inde, le do it yourself pendant les règles

Dans la vidéo, Noëlle évoque des protections périodiques faites à partir de tissus récupérés, en Inde. Cette solution n’est pas idéale, puisque les tissus peuvent contenir des produits chimiques créant parfois des infections. La question de la gestion des règles est une véritable problématique dans ce pays où cette période est vue comme impure.

Lucie Azema, expatriée en Inde, explique par exemple dans le Courrier International que le pharmacien enroule les protections périodiques qu’elle achète dans du papier journal et les place dans un sac opaque, comme si elles représentaient une honte. Selon certaines croyances, les personnes réglées doivent même se tenir à distance de la nourriture au risque de la contaminer et n’ont pas le droit de se laver les cheveux.

Un entrepreneur social indien, Arunachalam Muruganantham, s’est intéressé aux problèmes de précarité menstruelle : il a conçu une machine permettant de fabriquer ses propres serviettes, et les vend à petit prix aux femmes en Inde. Ainsi, elles peuvent se fabriquer des protections sécurisées mais aussi revendre leur surplus et ainsi rentabiliser l’achat de la machine.

Arunachalam Muruganantham a dû tester lui-même les protections qu’il fabriquait à l’aide d’une poche et de sang d’animal car ses collègues étaient trop gênées pour se prêter aux tests. Son histoire a d’ailleurs été racontée dans un film intitulé “Padman”.

au Burkina Faso et au Cameroun, des start-up face à la précarité menstruelle

Il est vrai que des solutions sont plus souvent conçues par des personnes menstruées, qui sont concernées par la problématique. En Afrique, plusieurs personnes ont développé des solutions de serviettes réutilisables, comme par exemple Emilie Kyedrebeogo au Burkina Faso. S’inspirant de ses difficultés rencontrées plus jeune, elle a créé une start-up proposant des serviettes réutilisables. C’est aussi le but de Kmerpad, une autre start-up, située au Cameroun.

Trouver des solutions contre la précarité menstruelle n’est pas seulement une question de santé et de confort : privées de systèmes adaptés, beaucoup de filles préfèrent ne pas aller à l’école quand elles ont leurs règles, quitte à se retrouver en situation d’échec scolaire.

À travers le monde, la précarité menstruelle est le reflet des inégalités économiques auxquelles font face les femmes. Mais pas seulement : c’est aussi le symptôme de l’aspect tabou des règles, qui a la peau dure.

Lise Famelart
Lise Famelart
Rédactrice
Journaliste depuis quatre ans, Lise multiplie les sujets : témoignages, high-tech, littérature, santé… yogi dans l’âme, curieuse de tout, elle aime particulièrement poser des questions. Les témoignages et les interviews sont son dada.