vie de règles #8 – mes règles arrivent toujours au pire moment !

Anouk Perry
article publié le 13/11/2020

Fanny a des règles régulières. Le rêve ? Pas vraiment, car elles tombent en fait TOUJOURS au pire moment de la journée… Dans cet épisode de Vie de Règles, elle compile le best-of de ses malchances menstruelles.

le CV des menstruations de Fanny

Prénom

Fanny

Âge

26 ans

Âge de ses premières règles

11 ans

Durée de ses cycles

Entre 28 et 30 jours

Durée de ses règles

Entre 5 et 6 jours

Slogan pour désigner ses règles

Toujours là quand il ne faut pas

Je sais qu’il y a bien longtemps, ma grand-mère a expliqué à ma mère ce qu’étaient les règles. Quand j’ai eu 9 ans, ma mère m’a expliqué à son tour le sujet. 

J’étais donc prête à les avoir, mais ça ne leur a pas empêché d’arriver au pire moment. Et ce n’était qu’une première : au cours de ma vie, j’en ai eu beaucoup des “pires moments” pour avoir mes règles !  

mes premières règles… à la piscine  

La première fois que j’ai eu mes règles, j’avais 11 ans, et j’étais dans les vestiaires pour me changer avant mon cours de natation. Je me souviens qu’au moment où j’ai retiré ma culotte je me suis dit : « tiens, une visiteuse rouge ! » 

À mon âge, les vestiaires étaient encore mixtes, j’étais donc entourée de garçons. J’étais très gênée et ils l’étaient aussi, en plus de ne pas pouvoir m’aider ! Et mes copines ? Elles étaient déjà toutes parties à la douche… 

C’est donc seule que je suis allée voir une mono pour lui demander de l’aide. 

À cette période là, ma mère travaillait et mon père non, c’est donc lui qu’on a appelé. Il est venu me chercher et a géré la situation à sa manière, c’est-à-dire sans faire de commentaire mais avec l’air (très gêné) de dire qu’on allait attendre que ma maman rentre pour en parler. 

Il aurait probablement préféré que ça arrive quelques heures après afin de déléguer directement la discussion à ma mère… 

des règles qui arrivent toujours au pire moment ! 

Certes, mes règles ont par la suite toujours été régulières, mais elles ont également eu la fâcheuse habitude d’arriver au pire moment de la journée…

Par exemple, au collège, je les avais toujours (ou presque) le mardi. Pourquoi le mardi ? Parce que j’avais sport ! 

Je me suis ainsi rendu compte plusieurs fois de l’arrivée de mes menstruations dans le vestiaire du gymnase, ou, petite variation, pendant le cours de sport. Parfois, elles arrivaient un peu plus tard dans la journée, comme pile pendant mon contrôle de maths. 

Au lycée, je me suis un jour rendu compte que j’avais une grosse tache, le genre de tache qu’on ne peut pas cacher. Je m’en suis sortie grâce à une amie qui m’a laissée récupérer ses affaires de sport pour me changer.  

De toutes ces histoires, je retiens surtout la solidarité féminine : je savais que les autres filles comprenaient, et que si besoin, il y en avait toujours une pour me dépanner une serviette hygiénique, malgré le tabou.

12 occasions par an d’avoir mes règles au pire moment ! 

J’ai mes règles tous les mois, soit 12 fois par an. 

Avec les années, elles ont continué à arriver toujours au pire moment, comme cette fois où je faisais ma rentrée à la fac, j’allais rencontrer tous mes nouveaux camarades, et que j’ai senti leur arrivée dans les transports. 

Comme j’étais en retard, je me suis dit que j’allais improviser la méthode du flux instinctif libre, qui consiste à serrer son périnée dans le but d’empêcher le sang de (trop) couler*. Ça n’a pas trop fonctionné : à la fin, j’avais quand même une tache.

[*Le flux instinctif libre consiste à gérer le flux menstruel en comprenant les phases d’écoulement des règles afin de reconnaître le moment où le sang va couler pour le libérer aux toilettes. Serrer son périnée est vain parce que la vulve n’est pas pourvue de sphincter. – ndlr]

Il y a deux ans, j’ai dû me faire opérer pour une raison X. J’étais sur la table d’opération, défoncée à cause de l’anesthésie quand j’ai senti que mes règles arrivaient. C’était une opération du haut du corps, donc en soit ce n’était pas grave… Sauf que je n’avais ni culotte, ni protection, et que donc tout tombait directement sur la table ! 

Et là où ça m’a encore plus embêtée c’est que, du coup, j’ai eu mes règles pendant presque toute mon hospitalisation, et que l’opération m’avait mise dans un tel état que je devais accepter que quelqu’un d’autre fasse ma toilette… Ça m’a mise très mal à l’aise. 

les règles arrivent toujours au pire moment… au travail aussi !  

J’ai parfois l’impression que mon corps me trolle. Et maintenant que je suis adulte, le pire arrive sur mon lieu de travail. 

Un jour, j’ai organisé un événement VIP pour ma boite, avec de gros clients et de gros enjeux. J’étais très stressée, évidemment. Je suis arrivée à 8H30, l’événement commençait à 9h15… Et j’ai eu mes règles à 9H30. J’ai réussi à demander rapidement le relai d’une collègue 3 minutes, le temps de me mettre une protection, mais après je devais m’occuper d’un groupe jusqu’à 14H30 et sans pause. 

C’étaient les chutes du Niagara, ma serviette hygiénique était très fine… Et à la fin, il y avait un client très sympa, très important, avec lequel je ne pouvais pas expédier la conversation qui m’a encore tenu la jambe pendant ce qui me semblait d’interminables minutes. Je n’en pouvais plus. 

Evidemment, quand j’ai pu aller aux toilettes, ça avait débordé de partout. 

L’année dernière, rebelote, à un autre évènement, j’ai encore eu mes règles une demi-heure après le début, alors que je m’entretenais avec mon PDG…  

Et comme l’évènement durait 3 jours, je dormais à l’hôtel. Une nuit, ça a débordé sur les draps. Quand c’est chez toi, tu peux nettoyer c’est la vie… Mais là, je savais que la femme de ménage passait tous les jours, et ça m’a mise très mal à l’aise d’imaginer que quelqu’un d’autre allait devoir nettoyer mon sang.  

best-of des pires moments où j’ai eu mes règles 

Vous l’aurez compris, mes règles sont arrivées de nombreuses fois à des “pires moments”. 

Voici trois dernières histoires pour finir :

  1. J’ai été en relation à distance et mes règles arrivaient toujours la veille de mes retrouvailles avec mon copain. 

  2. Une fois, j’ai eu deux semaines de retard de règles, et elles sont arrivées alors que j’étais en cours… Donc d’un côté j’étais contente, de l’autre je ne pouvais pas sortir de la salle et j’ai eu une tache.

  3. J’ai fait deux fois une première année de médecine, et j’ai eu mes règles à chaque concours. Il y en a deux par an. Je les ai donc eues les 4 fois, dont une fois où c’est arrivé pendant l’examen, alors que je ne pouvais absolument pas me lever. 

Et si je dois retenir qu’une seule chose à propos de ces anecdotes de règles qui arrivent au pire moment, c’est qu’on sous-estime beaucoup la logistique qu’impliquent les règles… 

éviter d’être surprise par ses règles devrait être enseigné !

Il y a trop d’informations sur l’organisation autour des règles que j’ai apprises au long cours, mais que j’aurais aimé connaître dès ma pré-adolescence ! 

Oui, je sais aujourd’hui que je peux prévoir quand arriveront mes règles simplement en notant mes cycles dans un agenda, ou une application. Mais si on me l’avait dit plus tôt, je ne me serais pas autant pris la tête avec ça pendant des années.  

De même, il m’arrivait avant de mettre des serviettes hygiéniques jetables en “prévision” de règles qui devaient arriver bientôt, mais c’était tellement inconfortable que je préférais souvent ne rien mettre. J’ai trouvé “ma” solution en utilisant des culottes menstruelles

Quand je sais que mes règles vont bientôt arriver, j’en porte. C’est aussi confortable qu’une culotte classique et comme ça aucune panique si ça tombe ensuite pile au milieu d’une réunion !

 J’aurais aimé qu’on me parle de toutes ces solutions plus tôt, et aujourd’hui j’ai juste envie de dire aux gens de parler plus librement de leurs règles. 

Ne pas démocratiser le sujet n’aide personne : ni celles et ceux qui ont leurs règles, ni celles et ceux qui les côtoient. Il y a beaucoup de prises de tête pour rien dans ce tabou, et j’ai envie d’en finir avec ça !

Anouk Perry
Anouk Perry
Rédactrice
À la fois journaliste web et réalisatrice de podcasts, Anouk Perry cumule les casquettes toujours dans un même but : démystifier l'intime ! Sa devise ? Il n'y a pas de question stupide. Sujets de prédilection : intimité et sexualité.