vie de règles #​6 – j’ai attendu mes règles pendant des années

Anouk Perry
article publié le 14/09/2020

Après un parcours chaotique, Maïlis a eu ses règles à 16 ans… Elle raconte avec franchise ce que ça a changé dans son rapport au corps, et combien son entourage lui a fait subir une pression dont elle se serait bien passée !

CV des règles de Maïlis

Prénom

Maïlis

Âge

30 ans

Âge de ses premières règles

16 ans

Durée de ses cycles

30 jours

Durée de ses règles

5 jours environ

Slogon pour désigner ses règles

J’ai failli attendre !

ne pas avoir ses règles… face à une famille qui ne comprend pas 

Ma mère m’a toujours répété qu’elle avait eu ses règles à 12 ans, alors quand j’ai dépassé cet âge fatidique, elle s’est inquiétée. Les années qui ont suivi, elle et beaucoup de membres de ma famille ont commencé à me demander à chaque visite si j’étais enfin menstruée.

Ce n’était pas méchant mais ça me mettait une pression monstre sur quelque chose que je ne pouvais pas provoquer. 

À 13 ans, ma mère m’a acheté un paquet de serviettes hygiéniques au cas où mes règles arriveraient. Je l’ai gardé précieusement pendant des années, sans pouvoir vraiment l’utiliser. 

Ceci dit, comme je ne savais pas trop à quoi m’attendre, il m’est arrivé par peur de les avoir d’en porter une. Pas exemple si j’allais voir un spectacle qui durait longtemps, je me disais “et si ça tombe à ce moment précis ?”, et je mettais une protection… Pour rien.  

au collège, l’absence de règles qui finit par exclure

Au collège, les règles étaient un vrai sujet entre filles : on se demandait toujours qui serait la prochaine à les avoir. De temps en temps, on faisait des tours de table en disant toi c’est bon, toi non… Et moi c’était toujours non. 

Arrivée en troisième, j’avais l’impression d’être la seule au monde à ne toujours pas être menstruée. J’avais d’autant plus hâte que mon corps ne s’était toujours pas développé : j’avais certes déjà des hanches et un gros fessier depuis mes 10 ans, mais ma poitrine était restée toute plate comme celle d’une enfant. 

Je détestais mon corps, et je me sentais très à part. Pour ne rien arranger, je subissais des moqueries de la part de garçons de ma classe. J’avais l’impression que le collège tout entier commentait ce retard d’évolution, qui devint alors pour moi une aberration.

15 ans, et des questionnements qui restent sans réponse 

Arrivée au lycée, à 15 ans, j’ai décidé seule d’aller voir une médecin généraliste. Elle a tenté de me rassurer en disant que ça pouvait arriver jusqu’à 16 ans, mais elle a aussi ajouté qu’il arrive que certaines personnes n’aient jamais leurs règles.

Autant dire que je ne me suis pas sentie très apaisée. 

Elle m’a prescrit une prise de sang, et je me souviens que la dame à l’accueil du laboratoire m’a donné un petit papier à remplir avec notamment la question : “quelle est la date des dernières règles ?”. 

Je l’ai regardée pleine de honte, pour lui dire que je ne les avais pas. C’était horrible, j’avais l’impression que tout le monde me regardait. Et puis c’était un coup dur, cette impression de ne pas rentrer dans une case qui semblait “normale”. 

La prise de sang a montré qu’il n’y avait pas d’anomalie, mais je cultivais toujours cette crainte que mon corps ne change jamais. 

j’ai eu mes règles à 16 ans, et leur arrivée a été festive !  

J’ai finalement eu mes règles à la fin de ma seconde. Je m’en souviens très bien, c’était un mercredi, et j’ai commencé à avoir très mal au ventre. Ce n’était pas une douleur que je connaissais, et en allant aux toilettes, j’ai enfin vu du sang dans ma culotte. J’étais trop contente ! 

J’ai enfin pu utiliser le fameux paquet de serviettes hygiéniques que ma mère m’avait offert des années plus tôt et j’en ai tout de suite parlé à mon père pour qu’il m’achète des tampons. Je voulais en porter directement. 

Je m’étais tellement préparée dans ma tête à avoir mes règles que je les ai vécues comme une chance. J’étais ravie d’enfin mettre en pratique les notices de tampons que j’avais pu lire dans le passé.

Après cette première fois, mes seins ont poussé dans les deux-trois mois qui ont suivi. J’avais enfin des soutiens-gorge, et j’ai enfin osé porter des tenues que je refusais avant, parce que trop complexée. J’osais aussi pour la première fois m’intéresser à des garçons. 

Ce sang de menstruations a été pour moi une porte d’accès vers le reste de ma vie, une libération. 

presque 15 ans plus tard : ça va !

Depuis, mes règles ne m’ont pas trop enquiquinée, mis à part à cause de méthodes de contraception non-adaptées à mon corps. 

Si des personnes qui n’ont toujours pas leurs règles lisent cet article, j’ai envie de dire que vous avez le droit de ressentir de la peine, et surtout d’en parler à des personnes de confiance, ainsi qu’à des praticiens de santé. Ne perdez pas de tête que vous n’êtes pas seul·e·s : selon l’Ined, environ 10 % des personnes menstruées ont leurs règles à 15 ans ou plus !

Enfin, pour ceux ou celles qui sont déjà réglé·e·s et ont des ami·e·s qui ne le sont pas encore, soyez à l’écoute et compréhensif·ve·s, chaque corps est différent et mérite d’être respecté dans son rythme.

Anouk Perry
Rédactrice
À la fois journaliste web et réalisatrice de podcasts, Anouk Perry cumule les casquettes toujours dans un même but : démystifier l'intime ! Sa devise ? Il n'y a pas de question stupide. Sujets de prédilection : intimité et sexualité.