Se protéger pendant ses règles, un droit fondamental ?

10.10.2019    Catégories : Les règles dans le monde

La gestion des règles des femmes reste confrontée à de nombreuses problématiques. Celles-ci se heurtent encore aux tabous, normes socioculturelles néfastes et aux stigmatisations. Des solutions existent pour normaliser au sein de la société un phénomène qui l’est pourtant déjà !

Les enjeux de la gratuité des protections hygiéniques

L’hygiène menstruelle : un droit fondamental

“Malgré leur rôle indispensable à la survie de l’espèce humaine, les menstruations sont - encore aujourd’hui - un facteur de honte et de stigmatisation des femmes dans le monde. Les tabous profonds qui subsistent autour du sang menstruel accentuent les challenges matériels vécus par les femmes pour gérer leur hygiène menstruelle. L’ensemble de ces challenges représente un déni des droits de l’Homme les plus basiques, en transformant un phénomène biologique en un obstacle à l’égalité des genres.”

Vanessa Thomas, auteure de l’étude “Comment l’hygiène menstruelle impacte nos sociétés”

Le constat est simple : les règles concernent 50 % de la population mondiale et pourtant ce phénomène physiologique cyclique n’est pas encore normalisé dans notre société comme s’il était honteux ou embarrassant.

La menstruation ne doit pas être une source d’inégalités hommes-femmes.

Pourtant chaque jour dans le monde des femmes ne peuvent aller travailler, se rendre en cours et simplement vivre normalement parce qu’elles n’ont pas les moyens de se protéger.

Les règles devraient être une question de santé publique en s’assurant que chacune ait accès à des protections périodiques abordables ou gratuites ainsi qu’à des installations sanitaires. Enfin, les connaissances des règles et de la gestion de l’hygiène menstruelle devraient être partagées à toutes et tous. La manière dont chaque femme gère ses menstruations appartient au domaine privé mais les ressources devraient être accessibles à toutes.

Qu’est-ce qu’un besoin fondamental ?

Virginia Henderson, une infirmière et chercheuse américaine, célèbre pour sa contribution considérable à la conception des soins infirmiers est à l’origine des 14 besoins fondamentaux de l'être humain. Ceux-ci sont classés et utilisés par le corps médical :

1. Le besoin de respirer

2. Le besoin de boire et de manger

3. Le besoin d'éliminer

4. Le besoin de se mouvoir et de maintenir une bonne position

5. Le besoin de dormir et de se reposer

6. Le besoin de se vêtir et de se dévêtir

7. Le besoin de maintenir la température du corps

8. Le besoin d'être propre et de protéger ses téguments.

9. Le besoin d'éviter les dangers

10. Le besoin de communiquer

11. Le besoin de pratiquer sa religion et d'agir selon ses croyances

12. Le besoin de s'occuper et de se réaliser

13. Le besoin de se recréer

14. Le besoin d'apprendre

Le 8e besoin se définit comme “la nécessité pour chaque individu, de maintenir l’intégrité de la peau, des muqueuses et des phanères, d’éliminer les germes et les souillures, et d’avoir une sensation de propreté corporelle, élément de bien-être.” Ce besoin correspond parfaitement aux menstruations. Les organisations internationales Human Rights Watch et WASH United réaffirment l’importance de reconnaître l’hygiène menstruelle comme un droit fondamental : "L’incapacité des femmes à gérer leurs menstruations avec dignité a une incidence négative sur les droits des personnes ; ces derniers doivent donc être au cœur de toute solution."

Hygiène et protections menstruelles : les pays qui montrent l’exemple

Si à l’échelle du globe, l’Écosse reste le premier pays à distribuer gratuitement des protections hygiéniques, certaines initiatives locales voient le jour. C’est le cas notamment aux États-Unis. En 2016, le conseil de la ville de New York a voté l'accès gratuit aux tampons et des serviettes hygiéniques dans les écoles publiques, les prisons et les refuges pour sans-abri. L’action des pouvoirs publics est essentielle pour faire avancer les choses mais celle du privé l’est également.

En France, les initiatives en entreprises restent rares elles sont tout de même à souligner. Des entreprises comme Google, Facebook, Microsoft, Sarenza ou encore Procter & Gambles mettent des protections périodiques gratuites à disposition de leurs employées. Une mesure largement plébiscitée puisque selon le sondage YouGov pour le Huffington Post, 70 % des femmes y sont favorables.

On peut d’ailleurs relier cet équipement en protections périodiques à l’approvisionnement des sanitaires géré par les entreprises de ménage. Un acte simple et routinier qui pourrait entrer dans les bonnes habitudes de toutes les entreprises mais également dans les espaces publics partagés par tous.

Après tout lorsqu’une personne se rend aux toilettes publiques ou dans son entreprise, a-t-elle besoin de payer pour le papier toilette qu’elle utilise ? La réponse est évidemment non. Ce concept ordinaire pourrait être étendu aux protections périodiques mises à disposition à tous. Et le slogan est déjà tout trouvé, Nancy Kramer a lancé sa campagne “#FreetheTampons” qu’elle détaille lors de son Tedx à Columbus et qui milite pour des protections périodiques dans les espaces publics comme les parcs, les toilettes, les écoles, les aéroports…

Les avantages de la mise à disposition de serviettes et de tampons dans les espaces publics et au sein des entreprises :

  • Rendre les tampons et serviettes disponibles et visibles dans les sanitaires des espaces publics au même titre que le papier toilette c’est les rendre “normaux”, les faire entrer dans le paysage.
  • Disposer de protections périodiques dans les endroits publics c’est permettre aux femmes de se déplacer librement sans craindre d’avoir leurs règles ou de se retrouver dans une situation embarrassante.
  • Les entreprises dépensent des sommes conséquentes pour le cadre de travail de leurs employés : babyfoot, billard, playstation, etc. Des aménagements coûteux.
  • Alors que mettre à disposition des tampons et des serviettes gratuits aurait un impact positif sur le bien-être et la satisfaction des employées à un coût bien moins élevé.

Les potentiels freins à cette mise en place :

  • La mise en place de cette mesure a un coût même si selon Nancy Kramer le prix serait d’environ 4,67 $ par étudiante ou employée pour fournir des protections périodiques gratuites chaque année. Comme elle le dit : “pour le prix d’un mug de bureau, on peut fournir une femme pendant un an”.
  • Les règles appartiennent à la sphère de l’intime, et certaines femmes ne veulent pas que le sujet soit abordé en entreprise.
  • Si des protections hygiéniques sont disponibles dans l’espace public ou en entreprise alors la responsabilité de l’un ou de l’autre peut être engagé en cas de syndrome du choc toxique ou infection.

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