tour d’horizon des méthodes de suivi du cycle menstruel

Lise Famelart
article publié le 15/01/2021

Pour maximiser ses chances de procréer ou au contraire pour se prémunir d’une grossesse… Il peut y avoir plusieurs raisons de suivre et noter les dates de son cycle menstruel. Mais ces méthodes sont  à prendre avec des pincettes : Sophie Gaudu, gynécologue, nous donne son avis sur ces pratiques.

Pilule, implant, patch… de nombreux moyens de contraception à base d’hormones nous permettent aujourd’hui de nous prémunir d’une grossesse non-désirée. Mais certaines femmes préfèrent arrêter les hormones, par méfiance ou face à des incidents avérés. Il est possible de suivre son cycle menstruel, à des fins contraceptives ou au contraire en vue de procréer.

suivre son cycle à des fins contraceptives

Plusieurs méthodes proposent de garder un œil sur son cycle menstruel à des fins contraceptives. Elles demandent un maximum de rigueur mais aussi plusieurs cycles d’ajustement pour connaître par exemple la longueur de son cycle, qui varie d’une femme à l’autre.

la méthode ogino

Cette méthode consiste en l’observation de ses jours de règles pour en déduire la période d’ovulation afin d’éviter les rapports durant ce laps de temps. Elle nécessite de noter rigoureusement chaque étape de son cycle, d’abord pendant un an pour en connaître la durée, puis pendant toute la période de contraception. Sophie Gaudu souligne le fait que cette méthode n’est pas efficace à 100%, mais diminue le risque de grossesses.

“En matière de contraception, n’importe quelle méthode est mieux que rien du tout. Cependant, il y a des méthodes plus efficaces. Si on utilise cette méthode, on va tomber moins fréquemment enceinte que sans la moindre protection.”

À noter que le cycle peut être perturbé par de nombreux facteurs, comme le stress ou un décalage horaire. Cela réduit de fait la fiabilité des estimations.

la méthode billings

En choisissant cette méthode, on détermine sa période de fertilité en examinant ses sécrétions vaginales. Aussi appelée glaire cervicale, elles protègent la cavité utérine d’éventuels germes pathogènes. Pendant la période de fécondité, cette substance devient moins visqueuse et plus abondante.

“En période pré ovulatoire, il y a effectivement des sécrétions au niveau du col de l’utérus qui ne sont pas les mêmes qu’à d’autres moments du cycle. Là encore le risque de grossesse sera diminué mais pas supprimé. Après, tout dépend du profil de la personne : si elle a quarante ans, elle sera moins fertile, donc le risque de grossesse sera encore réduit.”

la symptothermie

La symptothermie est proposée autant pour surveiller son cycle en vue d’avoir des enfants, que pour éviter d’en avoir. Elle ressemble à la méthode ogino et la méthode Billings dans le sens où il faut également analyser les dates du cycle et la consistance des sécrétions vaginales. Mais elle nécessite également de prendre sa température tous les matins, en partant du principe que la température du corps varie en fonction du cycle. Pour être la plus fiable possible, elle nécessite donc de noter de nombreuses données.

le retrait

Le retrait n’est pas une “méthode” à proprement parler, et son taux de fiabilité est très faible. Lors d’un rapport sexuel, l’homme doit retirer son pénis juste avant d’éjaculer, afin d’éviter que les spermatozoïdes n’atteignent l’ovule. Cependant, le liquide pré-séminal, sécrété avant l’éjaculation, peut contenir des spermatozoïdes des éjaculations précédentes. Ainsi, une grossesse peut survenir même lorsque le pénis a été retiré juste avant l’éjaculation.

Certaines de ces méthodes impliquent des périodes d’abstinence très précises. Mais Sophie Gaudu fait remarquer que les spermatozoïdes peuvent vivre jusqu’à cinq jours, le risque de grossesse est donc prolongé. De plus, toutes ces stratégies influent sur le fonctionnement relationnel du couple.

“Il faut très bien s’entendre au sein du couple pour que les périodes d’abstinence ne posent pas de problème, il faut que ce soit inscrit dans le discours amoureux.”

suivre son cycle en vue de procréer

Surveiller son cycle pour maximiser les rapports durant la période de fertilité est un bon moyen d’augmenter ses chances de procréer. À noter également que lorsqu’on souhaite faire un enfant, il est bon de consulter un·e professionnel·le de santé dans un premier temps afin de vérifier que tout va bien. Cela permettra par exemple de repérer l’éventuelle présence de fibromes, qui pourraient gêner la grossesse.

tenir un journal de bord

Il est possible de calculer soi-même sa période d’ovulation, donc le moment où l’on est le plus fertile, en observant les étapes de son cycle menstruel. Généralement, l’ovulation démarre environ quatorze jours avant les règles et dure cinq jours. Il est donc nécessaire de noter les dates des règles sur plusieurs mois, afin de pouvoir calculer avec plus d’exactitude l’arrivée de cette période. 

Cependant, cette méthode n’est pas fiable à 100%, puisque ces quatorze jours ne concernent que les femmes qui ont un cycle de vingt-huit jours, ce qui  n’est pas le cas de tout le monde. On peut donc coupler ces calculs à la méthode de la symptothermie, évoquée plus haut.

les applications mobiles

Là encore, il s’agit d’analyser les dates de son cycle menstruel, afin de repérer la période d’ovulation. Si tout noter sur papier vous semble fastidieux, de nombreuses applications mobiles existent, qui réalisent ces calculs en fonction des observations de la personne. Clue est souvent plébiscitée mais elle est “prédictive” : elle se base sur les cycles précédents pour déterminer la période d’ovulation, or ce facteur peut varier. Kindara par exemple, fournira des estimations plus nettes en se basant sur des critères plus précis.

De nombreux sites web proposent également une calculatrice de la période d’ovulation, mais elles sont moins précises : elles ne fonctionneront pas à long terme puisqu’il s’agit simplement d’indiquer quelques facteurs à un instant T.

les tests d’ovulation

Il est également possible de repérer la période d’ovulation grâce à ces tests. Vendus en pharmacie, ils fonctionnent comme les tests de grossesse : il s’agit de bâtonnets sur lesquels il faut uriner. Le test va ensuite mesurer le taux d’hormone LH, produite durant tout le cycle et qui augmente juste avant l’ovulation. L’idéal est d’en faire un tous les matins à partir de quatre jours avant la période supposée d’ovulation. Si vous étiez sous contraceptif hormonal, il est recommandé d’attendre à peu près trois cycles avant d’utiliser ces tests.

Suivre et documenter son cycle menstruel peut être un bon moyen de maximiser ses chances de procréer. En revanche, dans une optique contraceptive, elles diminuent seulement le risque de grossesses, et ne le suppriment pas.

Lise Famelart
Lise Famelart
Rédactrice
Journaliste depuis quatre ans, Lise multiplie les sujets : témoignages, high-tech, littérature, santé… yogi dans l’âme, curieuse de tout, elle aime particulièrement poser des questions. Les témoignages et les interviews sont son dada.