les protections menstruelles : pouvoir en parler librement avec ses proches

Margot Peignier
dernière mise à jour le 02/04/2020

Le sujet des règles sort de l’ombre et est de plus en plus présent dans les médias notamment. Une bonne nouvelle pour affaiblir les préjugés liés à ce phénomène naturel et impliquer les hommes dans la gestion des périodes de menstruations des femmes.

Les règles sont-elles uniquement une affaire de femmes ? Comment les hommes perçoivent-ils les règles ? La question est posée : en 2020, les hommes achètent-ils des protections menstruelles ?

En 2017, Biba publie un article issu d’un micro-trottoir dont le sujet est “Cela leur fait quoi quand on a nos règles ?”, certaines réponses démontrent le dégoût des hommes envers les menstruations. Buzzfeed publiera quelques extraits sur le sujet notamment cette réponse sans équivoque :

« Ça me répugne. »
« Au risque de passer pour un gros beauf, les règles me dégoutent, je trouve ça répugnant. Je déteste aller aux toilettes chez une fille et voir ses boîtes de tampons ou de serviettes hygiéniques traîner négligemment. Ça me coupe direct l'envi de faire l'amour. »

- Victor, 34 ans, conseiller éditorial

Source : Buzzfeed citant un article de Biba

Ainsi certains hommes semblent encore rebutés par ce phénomène naturel et ne souhaitent pas aller acheter des protections menstruelles.

Le simple fait de se sentir dégoûté par le mot même de “règles” ou par la présence de protections périodiques dans des toilettes est symptomatique du fait que c'est un sujet toujours tabou. Ce type de discours contribue à développer un sentiment de honte chez certaines femmes.

Heureusement des voix s’élèvent avec un discours totalement différent comme José Garcia un jeune homme qui partageait en 2015 une photo de lui avec des serviettes hygiéniques ainsi qu’un message invitant les garçons à avoir des protections hygiéniques au cas où quelqu’un en aurait besoin.

L’implication des hommes dans l’achat des protections menstruelles

En préambule il est utile de rappeler que le coût d’achat des protections périodiques dans la vie d’une femme est extrêmement important à tel point qu’on parle de plus en plus de précarité menstruelle pour celles qui ne peuvent se le permettre. En moyenne et d’après une étude britannique celui-ci s’élèverait à 23 000 euros.

Nous avons donc posé la question à quatre hommes âgés de 20 à 57 ans pour savoir si ceux-ci participent à l’achat des protections menstruelles de leurs compagnes.

Claude, 20 ans, en couple depuis six mois :

« Nous ne vivons pas encore ensemble mais si elle en a besoin bien sûr que je lui en achèterai. Selon moi c’est normal que ça rentre dans le budget commun parce que nous les hommes, n’avons rien d'équivalent à payer donc autant partager les dépenses et s'alléger l’esprit sur ces sujets. »

Il ajoute :

« Mais dans le même sujet, il faudrait partager l’achat des moyens de contraception que ça soit pilule ou préservatif. »

Mathieu, 24 ans. en couple depuis deux ans :

« J’ai une sœur avec qui je suis proche et qui m’a appris beaucoup de choses sur les femmes avant que je fasse mon propre apprentissage via des livres ou des médias sur internet (comme Madmoizelle). 
Je suis en couple depuis bientôt deux ans et au début de notre relation, je venais de découvrir l’existence des cup menstruelles. 
Nous sommes allés ensemble en acheter une, de même que des serviettes lavables pour la nuit. Que ce soit pour sa santé (cf les innombrables produits chimiques des tampons) et pour la planète (réduction drastique des déchets), je trouve ça normal qu’un·e partenaire aide au mieux sa ou son partenaire pendant ses règles si il ou elle le souhaite. Le mieux selon moi reste d’en parler avec son ou sa partenaire au début de sa relation. »

Patrick, 30 ans, en couple depuis 2 ans :

« Quand ma copine me demande de lui acheter des protections menstruelles, je ne me pose même pas de question. J’ai juste besoin qu’elle me précise ce dont elle a besoin parce que je ne sais pas ce qu’elle préfère, ça je l’avoue. Mais sur le principe c’est normal, d’ailleurs je trouve que cela devrait être une non question ! »

Yves, 57 ans, marié et père de 3 enfants :

« Je ne me suis jamais posé la question. J’ai toujours acheté des protections menstruelles, pour ma femme ou pour ma fille quand elles en avaient besoin.
J’ai débuté ma relation amoureuse en 1985 en pleine épidémie du Sida. Nous nous protégions systématiquement avec des préservatifs masculins et la responsabilité était partagée. Par la suite ma conjointe a pris la pilule. J’avais conscience que la pilule avait des effets secondaires. Après nos enfants, j’ai consulté pour faire une vasectomie mais je n’ai pas opté pour cette option. 
Cependant, si on parle d’évolution des mentalités,  je n’avais jamais vraiment pris conscience de la précarité menstruelle des femmes jusqu’à la sortie du film  “Moi, Daniel Blake*”. En tant qu’homme je n’avais jamais réalisé à quel point le coût des règles pouvait être une problématique. »

*dans ce film sorti en 2016, on voit une jeune femme, Katie, obligée de voler des serviettes menstruelles faute de pouvoir les payer.

Bien que les femmes soient biologiquement les seules à avoir leurs règles, il est important de parler librement des règles et que les hommes se sentent concernés.

La moitié de l’humanité vit ce phénomène naturel qui n’est autre que l’incarnation de la fonction reproductrice sans laquelle l’humanité n’existerait plus.


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Margot Peignier
Rédactrice
Employée en startup et rédactrice freelance depuis maintenant 4 ans, Margot est passionnée par les ressources humaines, la recherche du sens au travail et les femmes dans la tech. Sujets de prédilection : égalité et empowerment des femmes.