le musée du vagin (Vagina Museum) pour briser les tabous

Margot Peignier
article publié le 26/02/2020 / dernière mise à jour le 10/04/2020

En 2019, le musée du vagin a ouvert ses portes et a reçu des milliers de visiteurs. C’est le premier musée permanent et gratuit entièrement consacré à cette partie de l’anatomie féminine. L’idée est de déstigmatiser cette partie du corps féminin et de déconstruire les mythes qui l’entourent.

L’ouverture du premier musée du vagin : un acte hautement symbolique.

En 2019, le musée du vagin a ouvert ses portes et a reçu des milliers de visiteurs. C’est le premier musée permanent et gratuit entièrement consacré au vagin. L’idée est de déstigmatiser cette partie du corps féminin et de déconstruire les mythes qui l’entourent.

C’est donc en Angleterre, à Camden (Londres) plus précisément que ce musée permanent - premier du genre - a été créé. Florence Schechter (directrice), Sarah Creed (conservatrice) et Zoe Williams (développement et marketing) sont à l’origine de ce superbe projet. Il était temps d’autant plus qu’un musée du pénis existe depuis des années en Islande.

Tu ne peux pas tomber enceinte si tu fais l’amour pour la première fois... Le clitoris est trop petit pour être trouvé... Les règles sont sales

C’est pour déconstruire ces idées reçues et tabous qui existent autour de l’anatomie féminine que la première exposition permanente a été créée.

Intitulée “Les secrets de la foufoune” (Muff Busters : Vagina Myths and How To Fight Them) celle-ci a pour objectif "de démystifier les 15 idées préconçues les plus importantes que nous connaissons, dont nous avons entendu parler dans la société” explique Sarah Creed.

Ces petites phrases et idées reçues souvent énoncées sur le ton de l'humour proviennent aussi de la peur et du manque de connaissance des personnes sur le sujet.

Le but de l’exposition est donc d’informer et d'engager la conversation avec les gens. C’est également d’avoir un endroit sûr pour poser des questions et ne pas se sentir jugé. La directrice de l’exposition explique que la mission a été remplie quand des soixantenaires sont venus la voir, avouant qu’ils avaient appris des choses dont ils ignoraient tout. Les organisatrices d’ailleurs ont été impressionnées par le nombre de personnes qui ont visité le musée.

Combattre les idées reçues, les préjugés et les fausses vérités !

La première exposition est en effet entièrement consacrée aux idées reçues sur les vagins. Certains pensent par exemple que si on fait beaucoup l’amour, le vagin deviendra très lâche, ou qu’une fille ne peut pas tomber enceinte si elle est au-dessus pendant l'acte sexuel. Nous avons voulu commencer par ça parce que ce sont les bases.
Florence Schechter pour Vice Magazine.

Il existe donc un réel besoin d’information et surtout un énorme tabou à lever. Et bien qu’internet favorise l’accès à l’information, celles-ci ne sont pas toutes de qualité ni bien fondées. Nombreux sont ceux qui se sentent mal à l’aise en prononçant en public le mot “vagin” ou “vulve”. D’autres pensent encore que le vagin est “sale”.

En réalité le vagin se porte très bien, déjà car c’est un organe autonettoyant et très bien protégé par son microbiote. « La flore vaginale microbienne est composée à 60 % de bonnes bactéries : les lactobacilles, qui protègent le vagin des agressions extérieures et de la prolifération de bactéries ou de champignons », explique le Dr Jean-Marc Bohbot, directeur médical de l’institut Fournier à Paris.

Et pour ceux qui doutent encore de l’intérêt d’un musée sur le vagin, Florence leur répond : “Avec cette première exposition, nous leur répondons en quelque sorte, parce qu’il y a des femmes qui se font des douches vaginales au Coca-Cola faute d’accès à une contraception adaptée”.

Il aura fallu plus de deux ans de travail, plusieurs expos temporaires pour créer l’envie et un crowdfunding de près de 60 000 euros pour voir le musée permanent naître.

Affiché et revendiqué sur la première page du site du muséela volonté de créer un monde dans lequel personne n’a honte de son corps, où chacun peut parler librement et poser des questions. Quant à la mission de ce musée elle est également claire et se résume en 6 points clés :

  1. Diffuser les connaissances et sensibiliser à l'anatomie et à la santé gynécologiques,

  2. Donner confiance aux gens pour les amener à parler des questions relatives à l'anatomie féminine,

  3. Effacer les stigmates autour du corps et de l'anatomie gynécologique,

  4. Prendre le rôle de forum pour le féminisme, les droits des femmes, la communauté LGBT+ et la communauté intersexuelle,

  5. Remettre en question les comportements hétéro normatifs et cis normatifs,

  6. Promouvoir les valeurs intersectionnelles, féministes et trans-inclusives.

Le musée restera installé à Camden pour deux ans, et si le succès est au rendez-vous il sera déplacé dans des locaux plus grands. Alors n’hésitez plus et allez le visiter.

D’autres sources et inspirations pour sortir du tabou du vagin

Les Monologues du vagin

Les Monologues du Vagin est une pièce de théâtre de 1996. À l’origine des témoignages de femmes sur leur sexe : des histoires de plaisir, de rire, mais aussi de violence, d’angoisse ou de peur. Eve Ensler eut l’idée d’écrire une pièce sur cette partie intime de la femme : son vagin, pour enfin lui redonner la place et la reconnaissance dont il manque cruellement.

La pièce a rencontré un succès mondial, traduite en 26 langues et jouée dans une trentaine de pays. Mais Eve Ensler ne s’est pas arrêtée là, en 1998, elle en a fait une cause humanitaire, un mouvement mondial pour lutter contre les violences faites aux femmes.

Lâchez-nous la chatte

“Lâchez-nous la chatte” est une bande dessinée de Klaire fait Grr où elle s’indigne contre les diktats de l’hygiène féminine. Remontée contre le marketing qui fait passer le vagin pour un organe sale et vend des produits au nom de “l’hygiène féminine”, la dessinatrice a sorti ses griffes et ses crayons.

Sur sa page facebook et à travers 21 dessins, elle déconstruit démonte avec beaucoup de talent et d’humour les idées reçues.

Le microbiote vaginal : La révolution rose

On parle beaucoup du microbiote intestinal mais très peu de la flore microbienne vaginale. Pourtant celle-ci est toute aussi importante ! La Révolution Rose du Dr Jean-Marc Bohbot raconte de manière accessible de quoi est composée le microbiote vaginal et toutes ses propriétés.

Des centaines de bactéries et de micro-organismes peuplent le vagin. Ceux-ci le protègent contre les infections urinaires, mycoses et autres attaques et le gardent en bonne santé. Le livre met en avant les bons gestes à adopter pour favoriser, prévenir ou guérir son confort intime. Il déconstruit également certains mythes sur une bonne “hygiène intime” comme l’utilisation intensive de savons qui peuvent détruire la flore vaginale.

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Margot Peignier
Rédactrice
Employée en startup et rédactrice freelance depuis maintenant 4 ans, Margot est passionnée par les ressources humaines, la recherche du sens au travail et les femmes dans la tech. Sujets de prédilection : égalité et empowerment des femmes.