violences gynécologiques : il faut en parler

Pauline Allione
article publié le 24/05/2021

Les violences gynécologiques recouvrent une large palette de maltraitances et d’abus physiques et psychologiques. De quoi s’agit-il exactement, et comment peut-on y réagir ?

Lorsqu’un·e médecin, gynécologue ou sage-femme est l’auteur·rice de comportements déplacés, abusifs ou maltraitants lors d’une consultation gynécologique, de suivi de grossesse ou d’un accouchement, ces violences ont un nom : on parle de violences gynécologiques ou obstétricales.

Les violences gynécologiques concernent davantage les consultations gynécologiques, comme leur nom l’indique, tandis que les violences obstétricales sont liées à la grossesse.

Longtemps invisibilisées, les violences gynécologiques sont mises en lumière depuis une poignée d’années grâce à des victimes ayant décidé de briser le silence. Le hashtag #PayeTonUtérus lancé en 2014 a ainsi fait émerger plus de 7 000 témoignages glaçants. Par effet ricochet, il a donné lieu à une enquête du Haut Conseil à l’Egalité, remis en 2018 à l’ancienne secrétaire d’Etat à l’égalité femmes-hommes, Marlène Schiappa. Le rapport révèle, par exemple, qu’une épisiotomie est réalisée dans 1 accouchement sur 5 or, 1 femme sur 2 n’est pas suffisamment ou pas du tout informée sur le motif de cet acte médical qui n’est pourtant pas toujours nécessaire.

des violences physiques et psychologiques

Violence physique, acte médical non approprié ou réalisé sans le consentement de la patiente, propos malveillants, traitement non professionnel, remarques infantilisantes ou déplacées, jugement…  Les violences gynécologiques ou obstétricales prennent de nombreuses formes, et peuvent autant maltraiter le corps du·de la patient·e que son état psychologique.

Mélanie* en a fait la mauvaise expérience en mars dernier, alors qu’elle se rendait chez un gynécologue pour la première fois. Déjà anxieuse à l’approche de ce rendez-vous, la jeune femme a été confrontée aux propos grossophobes du praticien : “Il m’a demandé de me déshabiller et lorsque je me suis allongée sur la table, il m’a fait remarquer que j’avais un gros ventre, j’étais choquée. L’auscultation terminée, il m’a demandé mon poids, puis m’a répondu “Et votre copain, il aime ?”.”

C’est aussi lors de son premier rendez-vous gynécologique qu’Emma*, alors âgée de 17 ans, a été confrontée au comportement infantilisant de la soignante. “Elle m’a fait la morale parce que j’étais trop maigre (je souffrais de troubles du comportement alimentaire), m’a engueulée pendant 20 minutes parce que je fumais en prenant la pilule alors que je n’avais jamais été informée de ces risques, et m’a auscultée sans me demander la permission de me toucher. Tout ça sous les yeux d’une stagiaire, qui était également là sans que l’on m’ait demandé mon accord.”

Maman de cinq enfants, Marion, 28 ans, compte de nombreuses expériences négatives lors de ses accouchements. Comme cette fois où elle est arrivée à la clinique après la rupture de sa poche des eaux, pour son quatrième bébé. “J’ai prévenu que le travail allait commencer bientôt et que cela risquait d’être rapide, mais la sage-femme ne m’a pas écoutée. En salle de pré-travail, j’ai appelé l’anesthésiste, qui n’est pas venu… C’est quand je me suis moi-même dirigée vers la salle de travail qu’il s’est enfin rendu compte de ma présence. Il m’a accusé d’exagérer lorsque je me suis plainte, avant de réaliser que la tête du bébé était déjà là. La péridurale a fait effet uniquement pour sortir le placenta” raconte la maman, qui a également subi à maintes reprises les remarques infantilisantes et le jugement des praticien·ne·s du fait de son jeune âge.

les répercussions des violences gynécologiques

Qu’elles soient physiques ou psychologiques, ces violences constituent souvent une expérience traumatisante pour les victimes. “Je n’ai pas réagi sur le moment, je suis retournée à ma voiture et je suis restée 30 minutes sur le parking à pleurer” retrace Mélanie.

Du côté d’Emma, c’est la colère qui a pris le dessus : “Moi qui trouvais initialement ma démarche de me rendre chez le gynécologue mature, j’ai juste reçu une vague de paternalisme et de violence gratuite”, se souvient la jeune femme.

En dehors des douleurs physiques et psychiques, les violences gynécologiques et obstétricales peuvent entraîner une méfiance envers le corps médical, générer une peur ou une appréhension à l’idée de retourner chez le ou la gynécologue et l’absence de suivi médical.

que faire après des violences psychologiques ?

Chacun·e réagit à sa manière et selon ses moyens, il n’y a pas de “bonne” réaction en cas d’abus ou de violences gynécologiques. Si vous vous en sentez capable, vous pouvez exprimer votre malaise, colère ou gêne au médecin, afin de souligner le fait que son comportement ou que ses mots aient été problématiques.

Pour aller plus loin, vous pouvez porter plainte auprès du Conseil national de l’Ordre des médecins, de l’Ordre des sages-femmes selon la profession du·de la praticien·ne à l’origine des violences. Si les faits relèvent du pénal, comme en cas de viol ou de harcèlement sexuel, vous pouvez porter plainte directement auprès de la police.

Selon la nature des violences dont vous avez été victime, des associations spécialisées peuvent également vous soutenir dans vos démarches : SOS Racisme, Gras Politique, SOS homophobie, Gynécologie Sans Frontières…   

avant la consultation

Pour éviter de tomber sur un·e soignant·e aux comportements problématiques, n’hésitez pas à demander des recommandations à vos proches afin de prendre rendez-vous chez un·e praticien·ne réputé·e être respectueux·se et bienveillant·e. La liste participative Gyn&Co recense ainsi les noms de praticien·ne·s féministes à travers tout le pays.

Vous pouvez également vous préparer à la consultation en prenant connaissance de vos droits, en prévoyant les questions que vous aimeriez aborder au cours du rendez-vous, ou en venant accompagné·e d’un·e proche.

Si les violences gynécologiques et obstétricales ne sont pas un phénomène rare, rappelons enfin que la plupart des praticien·ne·s font preuve de bienveillance envers leurs patient·e·s.

* Dans un souci d’anonymat, les prénoms ont été modifiés.

Pauline Allione
Pauline Allione
Rédactrice
Journaliste freelance, Pauline aime écrire sur ce qui touche à la société, le féminisme, l’intimité et l’art.